La santé des enfants à l'île Maurice : vaccins, pédiatrie et moustiques.
Une famille française qui arrive à l'île Maurice découvre vite que le carnet de santé de ses enfants ne correspond plus tout à fait au calendrier local. Le programme mauricien de vaccination est gratuit, dense et bien suivi, mais il ne commence pas aux mêmes âges, il contient des vaccins que la France a abandonnés et il en ignore d'autres que la France impose. Cette page décrit ce qui est effectivement administré à Maurice, où, par qui, ce qui se passe à l'école, comment tenir un carnet valable des deux côtés, et quelles maladies transmises par les moustiques justifient réellement des précautions. Toutes les données proviennent des rapports du ministère de la Santé mauricien, consultés en août 2026.
Le programme mauricien de vaccination en un tableau.
| Vaccin | Public visé | Ce qui est vérifié au 16 août 2026 |
|---|---|---|
| BCG, contre la tuberculose | Tous les nouveau-nés | Administré aux bébés par le service public ; la France ne l'impose plus depuis 2007 |
| Hexavalent : diphtérie, tétanos, coqueluche, Hib, hépatite B, poliomyélite | Nourrissons | Au programme depuis janvier 2018 ; trois doses puis un rappel |
| Poliomyélite | Nourrissons | Doses suivies séparément par le ministère, jusqu'au rappel |
| Pneumocoque | Nourrissons | Au programme depuis mars 2016 ; trois doses |
| Rotavirus | Nourrissons | Au programme depuis 2015 ; deux doses |
| Rougeole, oreillons, rubéole | Nourrissons | Première dose à 9 mois, seconde à 17 mois depuis la révision de 2019 |
| Diphtérie, tétanos, coqueluche et poliomyélite | Entrants à l'école primaire | Administré à l'école par le service de santé scolaire |
| Diphtérie, tétanos, coqueluche | Sortants de l'école primaire | Administré à l'école |
| Papillomavirus | Filles depuis août 2016, garçons depuis février 2024 | A l'école, de 9 à 15 ans ; dose unique depuis 2024 |
| Grippe saisonnière | Enfants de 6 mois à 2 ans, entre autres publics | Campagne annuelle du ministère |
| Diphtérie, tétanos, coqueluche | Femmes enceintes | Remplace l'anatoxine tétanique depuis février 2020 |
Source : Health Statistics Report 2024, ministère de la Santé et du Bien-être, consulté en août 2026. Les âges exacts des doses de la première année ne figurent pas dans les publications statistiques : ils vous sont donnés par le centre de santé maternelle et infantile ou par le pédiatre au moment de la première visite, et ils sont portés sur le carnet remis à la naissance. Ne les déduisez pas d'un calendrier trouvé en ligne.
Un dispositif public gratuit, et deux réseaux qui vaccinent.
La vaccination des enfants à Maurice s'appelle le programme élargi de vaccination. Il est piloté par le ministère de la Santé, gratuit, et il s'administre dans un maillage très serré : cent quarante-cinq cliniques de santé maternelle et infantile et cent cinquante-huit points de vaccination pour les bébés, en plus des centres de santé communautaires. Autrement dit, la vaccination est le service public de santé le plus accessible de l'île, y compris dans les villages.
Les couvertures publiées par le ministère pour 2024 s'établissent à 81,8 % pour la troisième dose du vaccin hexavalent et à 87,1 % pour le vaccin rougeole, oreillons, rubéole, rapportées aux nourrissons survivants. Ces chiffres ne comptent que les doses administrées par les services publics ; les estimations de l'Organisation mondiale de la santé, qui ajustent pour tenir compte du secteur privé, situent la couverture réelle de l'île nettement plus haut, autour de neuf enfants sur dix pour la plupart des antigènes. L'écart entre ces deux séries est exactement la part du privé, et il vous concerne : si vous faites vacciner en clinique, vos doses ne remontent pas nécessairement au dossier public.
Conséquence pratique immédiate : c'est vous qui tenez la mémoire vaccinale de votre enfant. Aucun système ne consolide automatiquement un carnet commencé en France, poursuivi dans une clinique privée mauricienne et complété dans un centre public.
Ce que Maurice fait et que la France ne fait plus, et l'inverse.
Trois différences comptent réellement pour une famille française, et elles ne se compensent pas.
Le BCG. Maurice vaccine tous les nouveau-nés contre la tuberculose et le fait dès la maternité, ce qui en fait la toute première décision médicale d'un enfant né sur l'île, comme l'explique notre guide sur accoucher à l'île Maurice. La France a levé l'obligation en 2007 et la réserve désormais aux enfants à risque. Un enfant né à Maurice recevra donc un vaccin que son cousin né en France n'aura pas, et cela se lit ensuite sur son bras. A l'inverse, un enfant arrivé de France sans BCG peut se voir proposer un rattrapage : la tuberculose reste présente sur l'île, avec cent cinq cas déclarés en 2024.
Le calendrier du vaccin rougeole, oreillons, rubéole. Depuis la révision de 2019, Maurice administre la première dose à 9 mois et la seconde à 17 mois. Le calendrier français commence plus tard. Un enfant arrivé à 10 mois avec un carnet français peut donc paraître en retard au regard du calendrier local sans l'être au regard du sien, et un enfant né à Maurice sera en avance au regard du calendrier français. Dans les deux cas, la réponse ne s'improvise pas au guichet : elle se demande à un médecin, avec les deux calendriers sous les yeux.
Les méningocoques. Le tableau officiel du programme mauricien ne comporte aucun vaccin antiméningococcique, alors que la vaccination du nourrisson contre le méningocoque figure parmi les vaccinations obligatoires de l'enfant en France depuis 2018 et que le calendrier français a été étendu depuis. Un enfant né à Maurice et suivi uniquement dans le programme public sera donc dépourvu d'une protection que la France considère comme due. Ce rattrapage se fait en secteur privé, sur prescription, et il se prépare avant un séjour prolongé en France ou une scolarisation en collectivité. Le calendrier vaccinal français étant actualisé chaque année, vérifiez sa version en vigueur avant de conclure.
Restent les convergences, plus nombreuses qu'on ne le croit : l'hexavalent mauricien couvre les mêmes six valences que l'hexavalent français, le pneumocoque et le rotavirus sont au programme depuis 2016 et 2015, et la vaccination contre le papillomavirus est plus large qu'en France puisqu'elle s'administre à l'école dès 9 ans et qu'elle a été étendue aux garçons en février 2024.
Ce que la médecine scolaire mauricienne fait vraiment.
L'école mauricienne ne se contente pas de demander un carnet : elle vaccine. Le service de santé scolaire administre un rappel diphtérie, tétanos, coqueluche et poliomyélite aux entrants du primaire, un rappel diphtérie, tétanos, coqueluche aux élèves qui quittent le primaire, et il conduit la campagne contre le papillomavirus dans les écoles primaires et secondaires, de 9 à 15 ans, en une dose unique depuis 2024.
Il fait aussi autre chose, qui étonne les familles françaises : un dépistage systématique. En 2024, le service a mené des dépistages visuels sur plus de vingt mille élèves, des dépistages dentaires avec orientation vers un praticien, et un dépistage du diabète chez les élèves obèses ayant des antécédents familiaux, dont il ressort que 2,3 % des enfants testés étaient diabétiques et 38,7 % en situation de prédiabète. C'est un filet de sécurité réel, et gratuit.
Pour l'inscription elle-même, la règle pratique est simple : présentez un carnet lisible, avec les dates et les dénominations exactes des vaccins reçus. Nous n'avons trouvé, en août 2026, aucun texte mauricien conditionnant l'admission scolaire à un état vaccinal précis ; ce sont les établissements qui posent leurs exigences, et les écoles du réseau français ont les leurs, traitées dans notre guide des écoles françaises à l'île Maurice. Faites traduire le carnet si nécessaire : un carnet français annoté à la main n'est pas toujours déchiffrable par une infirmière scolaire anglophone.
Où l'on va, et à quelle distance.
Le suivi du nourrisson relève, dans le public, des cliniques de santé maternelle et infantile, qui pèsent l'enfant, vaccinent et orientent. Les consultations de pédiatrie et les hospitalisations se font dans les services de pédiatrie des cinq hôpitaux régionaux, qui ont enregistré près de trente-deux mille consultations externes de pédiatrie en 2024. Le privé, lui, propose des pédiatres en cabinet et en clinique, avec des rendez-vous rapides et le plus souvent en français.
La vraie contrainte est géographique, pas quantitative. L'offre privée se concentre sur le plateau central et sur l'axe qui va de Port-Louis à Curepipe, avec des implantations au nord et à l'ouest ; le sud et l'est sont moins pourvus. Avant de signer un bail, mesurez le trajet de nuit jusqu'aux urgences pédiatriques les plus proches : c'est un critère de choix de région au même titre que l'école, et il pèse dans l'arbitrage décrit dans notre guide pour se loger à l'île Maurice.
Dernier réflexe, à faire dès l'arrivée et non le jour d'une fièvre : identifier un pédiatre, faire ouvrir un dossier à son nom, repérer la pharmacie de garde de votre secteur et vérifier auprès de votre assureur quels établissements pratiquent le tiers payant. Ce point relève de votre contrat, détaillé dans notre guide de l'assurance santé de l'expatrié.
Dengue, leptospirose, paludisme : les faits, puis les gestes.
Il faut ici des chiffres plutôt que des impressions. En 2024, le ministère de la Santé a recensé 6 869 cas de dengue sur l'île, dont 6 838 de transmission locale, et huit décès. L'épidémie s'est concentrée sur février à mai, qui ont porté 89,4 % des cas, et sur quatre districts : Rivière du Rempart avec 31,2 % des cas, Port-Louis avec 21,4 %, Pamplemousses avec 17,8 % et Plaines Wilhems avec 11,2 %. Le nord et l'ouest, où s'installent beaucoup de familles françaises, sont donc les zones les plus touchées. Ce n'est pas une fatalité annuelle : l'année précédente, 224 cas seulement avaient été déclarés.
Deux autres données, pour situer le reste. Le paludisme ne circule pas : une quarantaine de cas ont été recensés en 2024, tous importés sauf deux cas introduits, et aucune prophylaxie n'est requise pour vivre sur l'île. Le chikungunya s'est limité à deux cas importés. En revanche, la leptospirose, transmise par l'urine de rongeurs dans les eaux stagnantes, a doublé en un an avec quatre-vingts cas et douze décès en 2024, la plus forte part revenant aux Plaines Wilhems.
Les gestes qui comptent en découlent, et ils sont domestiques avant d'être médicaux. Le moustique vecteur de la dengue pique le jour, ce qui rend la moustiquaire de nuit insuffisante : la protection utile est le répulsif adapté à l'âge de l'enfant, les vêtements couvrants en fin de journée, et surtout l'élimination hebdomadaire de toute eau stagnante autour de la maison, soucoupes de pots, gouttières, jouets, seaux et bâches de piscine. Pour la leptospirose, la règle est de ne pas marcher pieds nus ni se baigner dans les rivières et les zones inondées après de fortes pluies, et de protéger toute plaie. Aucun vaccin ne couvre ces deux maladies dans le programme mauricien.
Tenir une mémoire vaccinale valable des deux côtés.
Vous aurez deux documents, et aucun ne remplace l'autre. Le carnet mauricien remis à la naissance ou à la première consultation fait foi localement, notamment à l'école. Le carnet de santé français reste la seule pièce que comprendront un médecin, une crèche ou un établissement scolaire en France. La méthode qui marche consiste à faire reporter, à chaque injection, la date, le nom commercial du vaccin, la valence et le numéro de lot dans les deux carnets, y compris en clinique privée.
Photographiez-les après chaque visite et conservez les clichés hors du téléphone. Un carnet perdu ne se reconstitue pas : ni le centre public ni la clinique privée ne tiennent d'historique consultable à distance, et une reconstitution passe par une sérologie ou par une revaccination.
Ce que la France couvre encore, et ce qu'elle ne couvre plus.
Beaucoup de familles prévoient un point de suivi annuel en France, à l'occasion des vacances. C'est légitime, et c'est là que les mauvaises surprises arrivent. En installant votre foyer à Maurice, vous êtes sorti du régime français d'assurance maladie : un séjour, même long, ne rouvre pas de droits, et les consultations, les examens et les vaccins réalisés en France sont à votre charge ou à celle de votre couverture volontaire. Ce mécanisme, ainsi que le rôle exact de la Caisse des Français de l'Etranger, est expliqué dans notre guide de l'assurance santé de l'expatrié, que cette page ne double pas.
Ce poste se budgète donc à part, avec les consultations privées locales et les vaccins hors programme, dans la logique décrite par notre guide du coût de la vie à l'île Maurice. Un retour ponctuel garde pourtant deux usages précis. Le premier est le rattrapage des vaccins absents du programme mauricien, en particulier antiméningococcique, plus simple à organiser auprès d'un médecin qui connaît le calendrier français. Le second est le suivi des situations qui supposent un plateau technique ou une continuité de spécialité : orthodontie commencée en France, allergologie, suivi d'une pathologie chronique. Programmez ces rendez-vous avant le départ en congés, jamais sur place : les délais français sont ce qu'ils sont, et un été ne suffit pas.
Reste le cas du retour définitif. Il se prépare comme le départ, dans l'autre sens : réaffiliation au régime français sur critère de résidence, transfert du dossier, et surtout mise à niveau du carnet vaccinal avant la rentrée scolaire, car c'est l'établissement français qui contrôlera. Prévoyez ce point dans le calendrier général d'un retour, au même titre que le logement et la scolarité, et ne le découvrez pas en août.
La santé des enfants à Maurice, vos questions.
Les vaccins sont-ils gratuits pour un enfant étranger à l'île Maurice ?
Le programme élargi de vaccination est délivré gratuitement dans les cliniques de santé maternelle et infantile et les centres de santé du réseau public, qui en administrent la très large majorité des doses. Les cabinets et cliniques privés vaccinent aussi, contre facture, avec parfois des présentations différentes. Aucun texte consulté en août 2026 ne réserve expressément le programme public aux seuls citoyens, mais la pratique se vérifie auprès du centre dont vous dépendez, permis de résidence en main.
Le calendrier vaccinal mauricien est-il le même qu'en France ?
Non. Trois écarts comptent. Maurice vaccine tous les nouveau-nés par le BCG, que la France n'impose plus depuis 2007. Maurice administre la première dose de vaccin rougeole, oreillons, rubéole à 9 mois et la seconde à 17 mois, plus tôt que le calendrier français. Enfin, le tableau officiel du programme mauricien ne comporte aucun vaccin contre les méningocoques, alors que la vaccination antiméningococcique du nourrisson est obligatoire en France. Ce dernier point se règle en secteur privé, sur prescription.
Quels vaccins sont exigés pour inscrire un enfant à l'école à Maurice ?
A Maurice, l'école est d'abord un lieu de vaccination plutôt qu'un point de contrôle. Le service de santé scolaire administre lui-même un rappel diphtérie, tétanos, coqueluche et poliomyélite aux entrants du primaire, un rappel diphtérie, tétanos, coqueluche aux sortants, et le vaccin contre le papillomavirus de 9 à 15 ans. Les établissements demandent en pratique le carnet à jour au moment de l'inscription : présentez-le traduit et lisible, avec les dates et les noms commerciaux des vaccins reçus.
Y a-t-il des pédiatres à l'île Maurice, et où ?
Oui, dans les deux secteurs. Le public dispose de services de pédiatrie dans ses hôpitaux régionaux et d'un réseau très dense de cliniques de santé maternelle et infantile pour le suivi du nourrisson, y compris en zone rurale. Le privé, lui, se concentre sur le plateau central et sur l'axe Port-Louis Curepipe, avec des implantations au nord et à l'ouest. La conséquence pratique tient à la géographie plus qu'à l'offre : votre temps de trajet un soir de fièvre dépend de votre commune.
Faut-il craindre le paludisme à l'île Maurice avec un enfant ?
Non. En 2024, le ministère de la Santé a recensé une quarantaine de cas de paludisme, tous importés à l'exception de deux cas introduits : il n'existe pas de transmission endémique sur l'île et aucune prophylaxie antipaludique n'est requise pour y vivre. Le risque réel est ailleurs : la dengue, avec près de 6 900 cas en 2024, et la leptospirose, dont les cas ont doublé la même année. Ce sont ces deux-là qui justifient des gestes de prévention quotidiens.
Comment garder un suivi médical français pour mes enfants ?
En tenant deux traces plutôt qu'une. Conservez le carnet de santé français et faites-y reporter, à chaque injection, la date, le vaccin et son numéro de lot ; demandez en parallèle le carnet remis par le centre mauricien, qui fait foi localement. Emportez au retour les comptes rendus d'examens, tenus en anglais. Enfin, votre enfant ne relève plus de l'assurance maladie française par le seul fait d'y séjourner : la couverture des consultations en France dépend de votre contrat ou de votre adhésion volontaire.
La suite, naturellement.
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