Guide · comptabilité

La comptabilité à l'île Maurice : ce que votre société doit tenir, produire et déposer.

Registres en anglais ou en français, états financiers aux normes internationales, clôture de référence au 30 juin, dépôts au Registrar of Companies : la comptabilité à l'île Maurice obéit à des règles précises, assez éloignées des habitudes françaises. Cette page les passe en revue, sources officielles à l'appui, et explique comment nous tenons la comptabilité de nos clients.

Le socle

Le Companies Act fixe le socle de la comptabilité mauricienne.

Toutes les obligations comptables d'une société mauricienne découlent d'un même texte : le Companies Act 2001. Une organisation qui n'est pas une société en sort : l'association enregistrée obéit à la Registration of Associations Act, régime que décrit notre fiche sur la comptabilité d'une association ou d'une ONG mauricienne. Le tableau ci-dessous en donne la synthèse ; chaque règle a été vérifiée sur le texte consolidé du Companies Act en août 2026.

ObligationRègleBase légale
Tenue des registresEnregistrer et expliquer chaque transaction, position financière déterminable à tout momentart. 193
LangueAnglais ou françaisart. 193(3)
Lieu de tenueA Maurice, sauf décision contraire du conseil, encadréeart. 194
ConservationExercice en cours + les 7 derniers exercices completsart. 190
Etats financiersEtablis, datés et signés dans les 6 mois de la clôtureart. 210
NormesIFRS, IFRS pour PME ou cadre simplifié selon la tailleart. 211
DépôtAu Registrar, dans les 28 jours de la signature (sauf régime allégé)art. 215
AuditObligatoire, sauf « small private company »art. 209

Dans le détail, l'article 193 exige des registres qui retracent les recettes et les dépenses jour par jour, l'état des actifs et des passifs, les achats et ventes de biens avec l'identification des acheteurs et des vendeurs, les stocks en fin d'exercice et les prestations de services avec leurs factures. L'objectif est explicite : la position financière de la société doit pouvoir être établie « avec une précision raisonnable » à n'importe quel moment, pas seulement à la clôture.

Deux points intéressent directement un dirigeant francophone. D'abord, la loi admet le français à égalité avec l'anglais pour la tenue des registres : votre comptabilité peut être tenue en français, même si les échanges avec l'administration se feront en anglais. Ensuite, les registres se conservent longtemps : l'exercice en cours plus les sept derniers exercices complets (art. 190), soit jusqu'à huit ans de pièces à garder disponibles.

Le lieu compte aussi. Les registres comptables se tiennent en principe à Maurice. Le conseil d'administration peut décider de les tenir à l'étranger, mais la société doit alors faire parvenir à Maurice des comptes et états permettant de connaître sa position financière à intervalles de six mois au maximum (art. 194). Une comptabilité mauricienne pilotée intégralement depuis la France, sans relais local, est donc juridiquement fragile en plus d'être peu pratique.

Les normes

IFRS ou IFRS pour PME : quelle norme pour vos comptes.

C'est la première grande différence avec la France : il n'existe pas de plan comptable général mauricien. Les états financiers se préparent selon les normes comptables internationales (art. 211 du Companies Act), avec trois niveaux d'exigence selon la taille de la société.

Au sommet, les entités d'intérêt public, dites PIE, appliquent les IFRS complètes : sociétés cotées à la bourse de Maurice, banques et institutions financières régulées par la Bank of Mauritius ou la Financial Services Commission, et sociétés dépassant 500 millions de roupies de chiffre d'affaires ou de total d'actifs sur les deux derniers exercices (First Schedule du Financial Reporting Act, vérifié en août 2026).

En dessous, toute société privée ou publique qui n'est pas une entité d'intérêt public peut préparer ses comptes selon la norme IFRS pour PME, une version allégée publiée par l'IASB (art. 211(5)). C'est le régime de la très grande majorité des sociétés que crée un entrepreneur français à Maurice.

Enfin, la « small private company », dont le chiffre d'affaires annuel reste sous 100 millions de roupies, échappe aux normes internationales : ses comptes suivent un cadre simplifié fixé par voie réglementaire, et son dépôt peut se réduire à un résumé financier (art. 211(3) et 215(3)). Nous y revenons plus bas, car ce statut commande aussi la question de l'audit.

Dernier point de forme : les états financiers se présentent en roupies mauriciennes, sauf autorisation du Registrar d'utiliser une devise étrangère lorsque l'activité le justifie (art. 213). Pour une société qui facture essentiellement en euros, cette dérogation se demande, elle ne se présume pas.

L'exercice

Un exercice calé sur le 30 juin, sauf choix contraire.

Le Companies Act raisonne à partir d'une « balance sheet date », la date de clôture. Le texte retient le 30 juin comme date de référence : une société qui adopte une autre date de clôture doit la notifier au Registrar (art. 216(7)). Ce choix n'est pas un hasard : l'année fiscale mauricienne court du 1er juillet au 30 juin, et l'administration fiscale raisonne sur ce même calendrier.

Rien n'interdit pour autant de clôturer au 31 décembre. C'est même un choix fréquent chez les entrepreneurs français, pour aligner la société mauricienne sur l'année civile, sur une maison mère ou sur des habitudes de gestion. Deux garde-fous s'appliquent : un changement de date de clôture suppose l'accord préalable du Registrar, et l'écart entre deux clôtures ne peut jamais dépasser 18 mois (art. 216).

Pour une société nouvellement immatriculée, le texte accorde de la souplesse : la première clôture peut intervenir l'année civile suivant celle de l'immatriculation, à condition de rester dans les 18 mois de la constitution. Une société créée en septembre 2026 peut ainsi clôturer son premier exercice au 30 juin 2027, ou au 31 décembre 2027.

Ce choix de date, anodin en apparence, structure ensuite tout le calendrier : assemblée, dépôts, déclaration fiscale. Il mérite d'être posé dès la création de la société, pas découvert au premier bilan.

Le calendrier

Après la clôture : états financiers, assemblée, dépôts.

Une fois l'exercice clos, le Companies Act déroule une mécanique en quatre temps. Voici le calendrier pour une clôture au 30 juin 2026, transposable à toute autre date.

EchéanceObligationBase légale
31 décembre 2026 au plus tardEtats financiers complets, datés et signés par deux administrateurs (ou l'administrateur unique)art. 210
31 décembre 2026 au plus tardAssemblée annuelle des actionnaires, qui adopte les états financiersart. 115
28 jours après la signatureDépôt des états financiers au Registrar of Companiesart. 215
28 jours après l'assembléeDépôt de l'annual returnart. 223

L'assemblée annuelle se tient au plus tard six mois après la clôture, et jamais plus de quinze mois après la précédente. Une société nouvellement constituée ne tient pas d'assemblée l'année de son immatriculation ; la première doit intervenir dans les dix-huit mois.

Les dépôts se font auprès du Registrar of Companies, rattaché au Corporate and Business Registration Department (CBRD), par le guichet électronique CBRIS. Le régime dépend de la taille : une société ordinaire dépose ses états financiers certifiés conformes dans les 28 jours de leur signature ; une small private company dépose, avec son annual return, un résumé financier, et celle dont le chiffre d'affaires ne dépasse pas 100 millions de roupies peut se contenter d'un résumé établi en base de caisse, limité au compte de résultat (art. 215(3B), rédaction issue du Finance Act 2022). Cette même société est dispensée d'annual return les années sans changement d'actionnariat ni de conseil (art. 223(1B)).

Une société titulaire d'une Global Business Licence suit un circuit distinct : ses états financiers audités se déposent auprès de la Financial Services Commission, qui en avise le Registrar. Ce circuit, ses délais propres et ce que la comptabilité d'une GBC doit démontrer pour conserver l'exemption de 80 % sont détaillés sur notre fiche comptabilité d'une GBC à l'île Maurice.

L'audit

L'audit n'est obligatoire qu'au-delà de certains seuils.

A Maurice, l'audit des comptes est la règle et la dispense l'exception, mais l'exception est large. Une small private company n'a pas l'obligation de nommer un auditeur (art. 209). Trois conditions cumulatives, vérifiées sur le texte consolidé en août 2026, définissent ce statut (art. 2(5)) :

  • être une société privée dont le chiffre d'affaires du dernier exercice est inférieur à 100 millions de roupies, soit environ 2 millions d'euros ;
  • ne pas détenir de Global Business Licence ;
  • ne pas être une entité d'intérêt public au sens du Financial Reporting Act.

Ce seuil de 100 millions de roupies a été porté de 50 à 100 millions par le Finance (Miscellaneous Provisions) Act 2022, en vigueur depuis le 2 août 2022. Beaucoup de sites francophones citent encore l'ancien seuil : vérifiez toujours la date de ce que vous lisez, y compris ici, où chaque chiffre est daté.

Concrètement, la plupart des sociétés domestiques créées par des entrepreneurs francophones démarrent sous ce statut : pas d'auditeur à nommer, des comptes simplifiés, un dépôt allégé. L'audit redevient obligatoire dès que le chiffre d'affaires franchit le seuil, que la société prend une licence Global Business ou qu'elle entre dans le périmètre des entités d'intérêt public. Il est alors confié à un auditeur agréé, sous la supervision du Financial Reporting Council mauricien. Rien n'empêche par ailleurs des actionnaires de voter un audit volontaire, ce qui se voit dans les groupes ou lorsque la banque le demande.

Le fiscal

Votre comptabilité alimente directement les déclarations MRA.

La comptabilité mauricienne n'est pas une fin en soi : elle nourrit les déclarations dues à la Mauritius Revenue Authority, l'administration fiscale. Toutes se télétransmettent. Les échéances ci-dessous ont été vérifiées sur le site de la MRA en août 2026.

La déclaration annuelle de résultat se dépose au plus tard six mois après la fin du mois de clôture : une clôture au 30 juin se déclare pour la fin décembre, une clôture au 31 décembre pour la fin juin. L'impôt sur les sociétés est de 15 %, ramené à 3 % sur les bénéfices d'exportation de biens ; le détail des taux et des régimes se trouve dans notre page fiscalité de l'île Maurice.

En cours d'année, la société paie l'impôt par acomptes trimestriels via l'Advance Payment System (APS), sauf si son chiffre d'affaires annuel reste inférieur à 10 millions de roupies.

Côté TVA, l'immatriculation devient obligatoire dès que le chiffre d'affaires taxable atteint 3 millions de roupies, seuil confirmé par la FAQ TVA publiée par la MRA en septembre 2025 ; certaines professions, dont les comptables et les conseils, doivent s'immatriculer quel que soit leur chiffre d'affaires. Le taux normal est de 15 %. La déclaration est trimestrielle jusqu'à 10 millions de roupies de chiffre d'affaires taxable, mensuelle au-delà, avec un dépôt sous 20 jours, ou jusqu'à la fin du mois suivant en cas de télédéclaration accompagnée du télépaiement.

La transmission des factures elles-mêmes suit désormais le même mouvement : la MRA raccorde les entreprises à son système de facturation fiscalisée par paliers de chiffre d'affaires, et peut notifier individuellement une entreprise hors palier. Les dates en vigueur et la mécanique du raccordement figurent sur notre fiche facturation électronique MRA.

Enfin, dès le premier salarié, la paie déclenche ses propres déclarations mensuelles de retenues et de cotisations. C'est un sujet à part entière, traité dans notre page paie à l'île Maurice.

Le fil conducteur est simple : chacune de ces déclarations n'est juste que si la tenue comptable qui la précède l'est. Une comptabilité à jour au fil de l'eau n'est pas un luxe de gestionnaire, c'est la condition de déclarations MRA exactes et déposées à l'heure.

Le décalage

Pourquoi la comptabilité mauricienne déroute les entrepreneurs français.

Un dirigeant français qui ouvre son premier bilan mauricien cherche ses repères. Ils n'y sont pas, pour trois raisons.

La langue, d'abord. Même si la loi admet des registres en français, la pratique comptable mauricienne est anglophone : logiciels, états, échanges avec la MRA et les banques. Le vocabulaire se traduit, mais il faut le connaître.

En FranceA Maurice
BilanStatement of financial position
Compte de résultatStatement of profit or loss
Grand livreGeneral ledger
BalanceTrial balance
Commissaire aux comptesAuditor
Liasse fiscaleIncome tax return (MRA)

Le référentiel, ensuite. La France impose un plan comptable général, avec ses comptes numérotés identiques d'une société à l'autre. Maurice n'impose rien de tel : chaque société construit son plan de comptes, et ce sont les normes IFRS ou IFRS pour PME qui dictent la présentation des états. Pas de compte 512 ni de classe 6 universelle ; à la place, des rubriques d'états financiers normées au niveau international.

Les livrables, enfin. Pas de liasse fiscale à la française ni de fichier des écritures comptables à fournir : la société produit ses états financiers, les dépose au Registrar, et télétransmet ses déclarations à la MRA selon son propre calendrier. Le rythme est différent, ni plus léger ni plus lourd, mais il ne pardonne pas l'improvisation : les échéances tombent toute l'année, pas seulement au printemps.

Ce décalage explique une situation que nous voyons souvent : une société mauricienne saine, mais une comptabilité en retard parce que personne, ni en France ni à Maurice, n'en avait la pleine charge.

Notre méthode

Comment nous tenons la comptabilité de nos clients.

Basalte Consulting est un cabinet franco-mauricien installé à Grand Baie, animé par deux associés. La comptabilité de nos clients est tenue en interne, par le cabinet lui-même : pas de sous-traitance de la production comptable, un interlocuteur qui connaît votre dossier et vous répond sous 24 heures ouvrées.

La tenue est dématérialisée. Vous déposez vos pièces au fil de l'eau, factures et relevés, et elles sont enregistrées sans attendre la clôture. Votre position se lit en cours d'année, ce qui change la nature de l'exercice : la clôture devient une formalité préparée, pas une reconstitution. L'outil qui porte cette tenue n'est pas indifférent : piste d'audit non modifiable, conservation, multidevise et compatibilité avec les formats de la MRA sont des exigences de droit, reprises sur notre fiche logiciel de comptabilité à l'île Maurice.

Surtout, le dossier couvre les deux fiscalités. Un entrepreneur français à Maurice vit rarement dans un seul système : une résidence fiscale à articuler, des flux avec la France, une convention fiscale à appliquer. Nous instruisons la comptabilité mauricienne en gardant ces questions dans le même dossier, plutôt que de vous laisser faire le pont entre un comptable mauricien et un conseil français qui ne se parlent pas.

Lorsque votre situation exige un acte réglementé, un audit par exemple, nous coordonnons des partenaires agréés et restons votre point d'entrée unique. Et si votre société n'existe pas encore, la comptabilité se prépare dès la structuration : notre page créer et gérer sa société à l'île Maurice décrit ce parcours.

Le premier échange et la note écrite qui le suit sont offerts : vous décrivez votre situation, nous posons par écrit ce que serait votre comptabilité mauricienne, ses échéances et son organisation, avant tout engagement.

Questions fréquentes

La comptabilité mauricienne, vos questions.

Quelles sont les obligations comptables d'une société mauricienne ?

Le Companies Act 2001 impose de tenir des registres comptables qui enregistrent et expliquent chaque transaction, en anglais ou en français, conservés à Maurice pendant l'exercice en cours et les sept exercices précédents. La société établit ensuite des états financiers dans les six mois de la clôture, les dépose au Registrar of Companies sauf dispense, et alimente ses déclarations auprès de la MRA. Les petites sociétés privées bénéficient d'un régime allégé.

L'audit est-il obligatoire à l'île Maurice ?

Pas pour toutes les sociétés. Une « small private company », dont le chiffre d'affaires reste inférieur à 100 millions de roupies (seuil en vigueur depuis le 2 août 2022), sans Global Business Licence, est dispensée de nommer un auditeur. Au-delà de ce seuil, ou pour une GBC, une société publique ou une entité d'intérêt public, l'audit par un auditeur agréé est obligatoire.

Quand se clôture l'exercice comptable à l'île Maurice ?

Le 30 juin est la date de clôture de référence du Companies Act, alignée sur l'année fiscale mauricienne qui court du 1er juillet au 30 juin. Une société peut retenir une autre date, par exemple le 31 décembre pour s'aligner sur un groupe français, en le notifiant au Registrar. L'écart entre deux clôtures ne peut pas dépasser 18 mois.

Les comptes d'une société mauricienne doivent-ils suivre les normes IFRS ?

Par principe, oui : les états financiers suivent les normes comptables internationales, et non le plan comptable général français. La plupart des PME peuvent toutefois appliquer la norme allégée IFRS pour PME, et les petites sociétés privées, sous 100 millions de roupies de chiffre d'affaires, un cadre simplifié qui peut aller jusqu'au simple résumé financier.

Faut-il un comptable local pour une société à l'île Maurice ?

La loi n'impose pas de passer par un cabinet, mais elle impose des registres tenus à Maurice, des états financiers aux normes internationales et des déclarations MRA télétransmises à dates fixes, le tout en anglais. En pratique, un interlocuteur sur place qui connaît aussi la fiscalité française sécurise l'ensemble. Nous tenons la comptabilité de nos clients en interne, depuis Grand Baie.

Premier échange sans engagement

Une comptabilité mauricienne tenue par un cabinet franco-mauricien.

Un premier échange, puis une note écrite sur votre situation. Sans engagement.

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