Premium visa et fiscalité à Maurice : ce que dit vraiment la loi.
Le premium visa de Maurice a un régime fiscal à lui, écrit dans l'Income Tax Act et cité partout de travers. Trois règles seulement le composent, et elles ne disent ni que le titulaire échappe à l'impôt, ni que la carte bancaire étrangère est une astuce. Le Finance Act 2026, publié le 13 août 2026, vient de les étendre au golden visa et de relever le barème. Voici le texte à jour, ce que déclenche le seuil des 183 jours, et le risque que la France fait peser sur ceux qui gardent leur foyer chez elle.
Trois règles, et une seule section de loi.
Le premium visa est un visa de long séjour, délivré par le passport officer sur recommandation de l'Economic Development Board ; ses conditions d'octroi figurent sur notre page consacrée au premium visa à l'île Maurice. Sa fiscalité tient dans une disposition unique : la section 73B de l'Income Tax Act 1995, insérée par la loi de finances 2021 et réputée en vigueur depuis le 1er novembre 2020.
Ce régime vient d'être élargi. Le Finance Act 2026, loi n° 14 de 2026, assentie le 12 août 2026 et publiée au Government Gazette n° 59 du 13 août 2026, étend chacune des règles de la section 73B au titulaire d'un golden visa, et modifie dans le même sens la section 74A. L'article 28 de cette loi, qui énumère les dispositions à effet différé ou rétroactif, ne mentionne pas ces modifications : elles produisent effet dès la publication du texte.
Le tableau ci-dessous reprend les cinq dispositions qui gouvernent la situation fiscale d'un titulaire, relevées le 14 août 2026.
| Disposition | Ce qu'elle pose |
|---|---|
| Section 73 | La résidence fiscale : 183 jours sur l'année fiscale, 270 jours sur trois années, ou domicile sans habitation permanente ailleurs |
| Section 73B (1) | Le revenu tiré d'un travail effectué à distance depuis Maurice par un titulaire de premium visa est réputé acquis à Maurice quand il y est rapatrié |
| Section 73B (2) | Les sommes dépensées à Maurice avec une carte de crédit ou de débit étrangère ne sont pas réputées rapatriées |
| Section 73B (3) | Les sommes déposées sur un compte bancaire mauricien sont imposables, sauf déclaration que l'impôt dû a été payé dans le pays d'origine ou de résidence |
| Section 74A (2) | L'entreprise étrangère échappe à la requalification de son revenu en source mauricienne lorsque son salarié détient un premium visa |
| Finance Act 2026, article 7 (k) et (m) | Les trois règles de la section 73B et l'exception de la section 74A sont étendues au titulaire d'un golden visa, à compter du 13 août 2026 |
Pourquoi il a fallu écrire un texte spécial.
Cette section 73B n'est pas un cadeau, c'est une correction technique. Sans elle, le revenu du télétravailleur installé à Maurice serait un revenu de source mauricienne : la section 74 de l'Income Tax Act range parmi les revenus dérivés de Maurice les rémunérations d'un emploi dont les fonctions sont exercées en totalité ou principalement sur l'île, que ces sommes y soient reçues ou non. Un salarié français travaillant depuis Grand Baie pour un employeur parisien exerce bien ses fonctions à Maurice : son salaire deviendrait imposable dès son acquisition, sans considération du lieu de versement.
La section 73B écarte ce résultat. Elle déplace le moment de l'imposition : le revenu n'est réputé acquis à Maurice qu'au jour de son rapatriement. C'est le raisonnement de la remittance basis applicable aux revenus de source étrangère, transposé à un revenu que la loi aurait sinon traité comme mauricien.
La portée est donc précise. Le premium visa ne crée pas d'exonération, il crée un décalage : ce qui y arrive un jour entre ce jour-là dans l'assiette mauricienne, fût-ce plusieurs années après avoir été gagné.
La règle la plus citée, et la moins bien comprise.
Le deuxième alinéa est celui que reprennent toutes les pages consacrées aux nomades numériques : dépenser à Maurice avec une carte étrangère n'est pas un rapatriement. Le texte le dit effectivement, et l'Economic Development Board le reprend sur son portail. Quatre limites méritent d'être posées, faute de quoi la règle se transforme en croyance.
D'abord, elle est réservée aux titulaires d'un premium visa, et depuis le 13 août 2026 d'un golden visa. Hors de ces statuts, l'Income Tax Act ne comporte pas de disposition équivalente, et la seconde branche de la règle générale de rapatriement, qui vise le revenu traité à Maurice dans l'intérêt du contribuable, appelle un examen au cas par cas.
Ensuite, elle ne porte que sur la qualification de la dépense. Elle ne dispense d'aucune obligation déclarative et ne dit rien du revenu qui, par ailleurs, arrive sur un compte mauricien.
Puis, financer une acquisition immobilière ou un apport en compte courant depuis l'étranger n'est pas une dépense par carte, et relève d'une autre analyse.
Enfin, c'est une règle fiscale mauricienne, et rien d'autre : elle n'a aucun effet sur les obligations du pays de départ.
Déposer sur l'île : imposable, sauf déclaration.
Le troisième alinéa est le plus opérationnel : les sommes déposées sur un compte bancaire à Maurice sont imposables, sauf déclaration attestant que l'impôt dû a déjà été acquitté dans le pays d'origine ou de résidence. La mécanique diffère du régime de droit commun. Le crédit d'impôt étranger, prévu par ailleurs dans l'Income Tax Act, suppose une preuve écrite émanant de l'administration fiscale étrangère : la Cour suprême de Maurice l'a rappelé en 2024 dans l'affaire Dilloo, en jugeant qu'une attestation d'employeur ne suffisait pas. La section 73B, elle, parle d'une déclaration du titulaire.
Cette différence de rédaction n'autorise aucune facilité : une déclaration engage celui qui la signe, et l'administration conserve son pouvoir de contrôle comme son accès aux informations échangées entre Etats. Conservez, pour chaque flux, la trace de son origine, de sa date et de l'impôt déjà supporté ailleurs.
Ce que le seuil déclenche réellement.
Le chiffre circule sans jamais être expliqué. La section 73 de l'Income Tax Act retient trois critères alternatifs pour une personne physique : 183 jours de présence au cours de l'année fiscale mauricienne, qui court du 1er juillet au 30 juin ; 270 jours cumulés sur l'année en cours et les deux précédentes ; ou un domicile à Maurice sans lieu d'habitation permanent ailleurs. Un seul suffit.
Le premium visa est délivré pour un séjour de plus de six mois et jusqu'à un an : sa géométrie même conduit au seuil, et celui qui renouvelle pour une deuxième année déclenche en outre, très souvent, la règle des 270 jours. Le décompte détaillé figure dans notre guide sur la règle des 183 jours.
Le décalage des calendriers piège aussi ceux qui n'ont aucun titre. Le plafond du séjour de visiteur se compte en année civile, quand la résidence fiscale se compte du 1er juillet au 30 juin : deux séjours parfaitement réguliers, l'un à l'automne et l'autre au printemps suivant, peuvent totaliser plus de 183 jours dans une même année fiscale mauricienne sans dépasser aucun plafond annuel. On devient alors résident fiscal sans avoir jamais détenu de permis.
Ce que le seuil déclenche : l'imposition à Maurice des revenus de source mauricienne et, selon la règle du rapatriement, des revenus étrangers ; l'obligation de déposer une déclaration annuelle, dans les conditions et au-delà des seuils prévus par l'Income Tax Act ; l'accès au certificat de résidence fiscale délivré par la Mauritius Revenue Authority, qui conditionne le bénéfice de la convention.
Ce qu'il ne déclenche pas : la fin de la résidence fiscale du pays de départ. C'est la confusion la plus coûteuse, et elle est traitée dans la section suivante.
Le barème, lui, vient de changer, et c'est le point que les pages écrites avant le mois d'août 2026 ne peuvent pas contenir. Le Finance Act 2026 a réécrit la partie I de la première annexe de l'Income Tax Act. La nouvelle grille compte quatre tranches : 0 % jusqu'à 500 000 roupies de revenu imposable, 10 % sur les 500 000 suivantes, 20 % sur les 11 millions suivants, puis 35 % au-delà de 12 millions de roupies. L'article 28 de la loi précise que cette réécriture est réputée entrée en vigueur pour l'année de revenu ouverte le 1er juillet 2026, donc pour l'année en cours. Pour l'année précédente, ouverte le 1er juillet 2025, le barème comptait trois tranches et s'arrêtait à 20 %.
La section 74A, le point que personne ne regarde.
Voici l'apport le plus méconnu du statut, et il ne concerne pas le titulaire.
Depuis la loi de finances 2022, la section 74A de l'Income Tax Act répute de source mauricienne le revenu d'une entreprise établie hors de Maurice, dans la mesure où il est attribuable au travail qu'un de ses salariés exécute à distance depuis l'île. Son second alinéa écarte cette requalification dans un cas, et un seul : lorsque le salarié détient un premium visa et que les activités principales de l'entreprise se trouvent hors de Maurice. Les deux conditions sont cumulatives.
Depuis le 13 août 2026, le Finance Act 2026 étend cette exception au titulaire d'un golden visa. Elle reste fermée à tous les autres statuts.
La conséquence est claire pour un employeur français dont un salarié s'installe sur l'île. Le premium visa n'est pas seulement le titre qui autorise le séjour : c'est celui qui neutralise expressément une exposition de l'entreprise. Un salarié installé sous un autre statut, un permis dépendant par exemple, ne fait pas jouer cette exception : c'est l'un des points que nous reprenons dans notre page sur le fait de télétravailler depuis Maurice pour un employeur français. Nous détaillons ce point du côté familial dans notre page sur le conjoint et le permis dépendant.
Une seconde modification du même texte vise ceux qui facturent des prestations informatiques : le Finance Act 2026 ajoute aux revenus dérivés de Maurice le revenu tiré de services de technologies de l'information fournis à Maurice, définis comme la fourniture de logiciels, licences, applications et maintenance logicielle, ou la maintenance à distance de programmes et d'équipements. Le télétravailleur qui garde des clients étrangers n'est pas concerné ; celui qui commence à servir des clients mauriciens change de catégorie. Cette ligne de partage vaut aussi côté immigration, où elle ne se lit pas de la même manière selon le titre détenu : les six signaux qui font sortir du cadre sont réunis dans notre page sur le fait de travailler pour des clients étrangers avec un permis mauricien.
Le risque de garder son foyer là-bas.
Un premium visa ne fait pas sortir du filet fiscal français. La France retient ses propres critères, à l'article 4 B du code général des impôts : le foyer ou le lieu de séjour principal, l'activité professionnelle non accessoire, le centre des intérêts économiques. Une seule attache suffit.
La situation typique est celle du salarié qui part seul pour une année d'essai en laissant conjoint et enfants en France : il devient résident fiscal mauricien au regard de la loi mauricienne, tout en restant résident fiscal français au regard de l'article 4 B. C'est alors la convention du 11 décembre 1980 qui départage, par une cascade de critères appliqués dans l'ordre : foyer d'habitation permanent, centre des intérêts vitaux, séjour habituel, nationalité. Notre page sur la résidence fiscale à l'île Maurice détaille cet arbitrage.
Deux réflexes en découlent. Traiter le premium visa pour ce qu'il est : un sas d'une année, utile pour éprouver le pays, insuffisant pour construire un changement de résidence fiscale. Un indépendant qui vise l'installation regardera donc plutôt le permis self-employed, dont la logique est exactement inverse puisqu'il suppose une activité exercée à Maurice, arbitrage que pose notre comparatif self-employed ou premium visa. Et ne pas laisser la déclaration française de l'année du départ à l'improvisation, car c'est elle qui fixe, côté français, la date et la portée du basculement.
Un régime désormais écrit, une procédure encore à ouvrir.
Le budget 2026-2027 avait annoncé un golden visa réservé aux investissements importants, dont le titulaire bénéficierait du traitement fiscal du premium visa. Cette annonce est devenue du droit en août 2026, et il faut distinguer deux plans.
Sur le plan fiscal, la règle est écrite et en vigueur : le Finance Act 2026 étend au golden visa les trois alinéas de la section 73B et l'exception de la section 74A, sans effet différé. En parallèle, la loi n° 13 de 2026 introduit la définition du golden visa dans l'Economic Development Board Act et ouvre au titulaire ayant investi au moins 1 million USD dans les douze mois suivant la délivrance du visa l'accès au permis de résidence permanente.
Sur le plan procédural, la prudence reste de mise. Au 14 août 2026, le portail de résidence de l'Economic Development Board n'affichait pas encore de page dédiée au golden visa, ni de liste de pièces. Un candidat vérifie donc au jour du dépôt l'état des lignes directrices publiées, comme le rappelle notre page sur l'actualité réglementaire des permis.
Le texte, la date, et votre calendrier.
Nous ne travaillons pas ces sujets à partir de résumés. Chaque règle citée ici a été relevée le 14 août 2026 dans le texte consolidé de l'Income Tax Act, dans les lois n° 13 et 14 de 2026 publiées au Government Gazette du 13 août 2026, et sur le portail de l'Economic Development Board. Chacune est datée dans la page, et l'entrée en vigueur des dispositions nouvelles a été vérifiée article par article : dans une loi de finances mauricienne, elle diffère d'une mesure à l'autre.
Pour un dossier réel, trois questions commandent tout : combien de jours passerez-vous effectivement à Maurice sur l'année fiscale mauricienne, quelle est la nature exacte de chacun de vos revenus, et que reste-t-il de vos attaches françaises.
Le premier échange est offert et se conclut par une note écrite sur votre situation. Aucun résultat fiscal ne peut être promis à l'avance : la loi mauricienne, la loi française et la convention s'appliquent à des faits, et ce sont ces faits que nous documentons avec vous.
La fiscalité du premium visa, vos questions.
Le premium visa fait-il de moi un résident fiscal mauricien ?
Non, aucun visa ni permis ne confère la résidence fiscale. Celle-ci se détermine à la section 73 de l'Income Tax Act : 183 jours de présence sur l'année fiscale mauricienne, du 1er juillet au 30 juin, ou 270 jours cumulés sur trois années fiscales, ou un domicile à Maurice sans lieu d'habitation permanent ailleurs. Comme le premium visa couvre un séjour de plus de six mois, son titulaire franchit le premier critère dès lors qu'il reste réellement sur place.
Que dit exactement la section 73B pour les titulaires d'un premium visa ?
Elle pose trois règles. Le revenu tiré d'un travail effectué à distance depuis Maurice n'est réputé acquis à Maurice qu'au moment où il y est rapatrié. Les sommes dépensées à Maurice au moyen d'une carte de crédit ou de débit étrangère ne sont pas réputées rapatriées. Enfin, les sommes déposées sur un compte bancaire mauricien sont imposables, sauf déclaration attestant que l'impôt dû a déjà été payé dans le pays d'origine ou de résidence. Le Finance Act 2026, publié le 13 août 2026, étend ces trois règles au titulaire d'un golden visa.
Payer avec ma carte française à Maurice suffit-il à ne rien devoir ?
Non, et c'est le contresens le plus répandu. La règle neutralise la qualification de rapatriement pour ces dépenses précises, rien de plus. Elle ne dispense pas de déclarer, elle ne couvre pas les virements vers un compte mauricien, et elle est réservée aux titulaires d'un premium visa : hors de ce statut, la loi ne comporte pas de disposition équivalente.
Mon employeur étranger risque-t-il quelque chose si je travaille depuis Maurice ?
La section 74A de l'Income Tax Act répute de source mauricienne le revenu d'une entreprise étrangère attribuable au travail exécuté à distance depuis Maurice par un de ses salariés. Cette requalification est écartée dans un seul cas : le salarié détient un premium visa, ou un golden visa depuis le Finance Act 2026, et les activités principales de l'entreprise se trouvent hors de Maurice. Le statut protège donc aussi l'employeur, ce que les autres titres de séjour ne font pas.
Puis-je rester imposable en France avec un premium visa ?
Oui, et c'est fréquent. La France applique ses propres critères, ceux de l'article 4 B du code général des impôts : foyer, activité principale, centre des intérêts économiques. Un conjoint et des enfants restés en France, ou une activité principale conservée, suffisent à maintenir la résidence fiscale française, et c'est alors la convention de 1980 qui départage les deux Etats.
La suite, naturellement.
Le premium visa à l'île Maurice
Conditions, durée, demande en ligne et renouvellement : la page de référence sur le visa lui-même.
Découvrir →La résidence fiscale à l'île Maurice
Le statut que le visa ne donne pas, et qui commande tout le reste de votre imposition.
Découvrir →La remittance basis expliquée sur le texte
Le mécanisme général du rapatriement, ses limites et la jurisprudence qui l'a précisé.
Découvrir →Un long séjour se calibre sur deux fiscalités à la fois.
Un premier échange offert, puis une note écrite sur votre situation entre la France et Maurice : qualification de vos revenus, calendrier de présence, obligations déclaratives.
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