FATCA et comptes mauriciens : le dispositif américain expliqué.
FATCA est une loi américaine, transposée à Maurice par un accord intergouvernemental signé le 27 décembre 2013. Elle ne suit pas la résidence fiscale mais la nationalité, ce qui met dans son champ des Français nés aux Etats-Unis ou titulaires d'une carte verte. Voici le mécanisme, ce que la banque mauricienne exige, pourquoi elle peut refuser un dossier, et ce qui distingue FATCA du CRS.
FATCA Maurice, en un tableau.
Eléments vérifiés le 16 août 2026 sur le texte de l'accord publié par le département du Trésor des Etats-Unis et sur la page FATCA de la Mauritius Revenue Authority.
| Question | Réponse au 16 août 2026 |
|---|---|
| Nature | loi fédérale américaine, chapitre 4 de l'Internal Revenue Code, sections 1471 à 1474 |
| Origine | Hiring Incentives to Restore Employment Act de 2010 |
| Sanction prévue par la loi | retenue à la source de 30 % sur certains paiements de source américaine |
| Accord Maurice - Etats-Unis | modèle 1, signé le 27 décembre 2013, accompagné d'un accord d'échange de renseignements |
| Transposition mauricienne | FATCA Regulations, Government Notice n° 135 de 2014 |
| Arrangement entre autorités compétentes | publié par la Mauritius Revenue Authority, daté du 1er octobre 2015 |
| Critère de rattachement | la nationalité ou le statut fiscal américain, pas la résidence |
| Qui déclare | les institutions financières mauriciennes, à la Mauritius Revenue Authority |
| Qui transmet | la Mauritius Revenue Authority, à l'administration fiscale américaine |
| Effet sur vos obligations françaises | aucun |
Une loi américaine, une retenue, un accord bilatéral.
FATCA n'est pas un traité international : c'est une loi interne des Etats-Unis, adoptée en 2010 et codifiée au chapitre 4 de l'Internal Revenue Code. Sa mécanique est indirecte, et c'est ce qui explique sa portée. Elle n'ordonne rien aux banques étrangères, qui ne relèvent pas du droit américain. Elle prévoit qu'une institution financière étrangère qui ne coopère pas subira une retenue à la source de 30 % sur certains paiements de source américaine qu'elle reçoit.
Aucune banque exposée aux marchés de capitaux américains ne peut absorber une telle retenue. Le choix est donc théorique, et la coopération est devenue générale. Pour éviter que chaque banque conclue un accord individuel avec l'administration américaine, les Etats-Unis ont proposé des accords intergouvernementaux : c'est la voie qu'a suivie Maurice.
L'accord mauricien relève du modèle 1, celui dans lequel les banques déclarent à leur propre administration, qui transmet ensuite aux Etats-Unis. Il a été signé le 27 décembre 2013 et son texte est publié par le département du Trésor américain. La Mauritius Revenue Authority publie de son côté les FATCA Regulations, prises par le Government Notice n° 135 de 2014, l'arrangement entre autorités compétentes daté du 1er octobre 2015, des Guidance Notes et une série de communiqués sur les échéances de dépôt.
Conséquence pratique : votre banque de Port-Louis n'a aucun canal direct vers l'administration américaine. Elle déclare localement, et c'est la Mauritius Revenue Authority qui échange.
La nationalité, pas la résidence.
C'est la différence la plus mal comprise, et celle qui coûte le plus de temps aux dossiers franco-mauriciens. La quasi-totalité des dispositifs fiscaux internationaux suit la résidence. FATCA suit le statut de personne américaine.
Entrent dans le champ, notamment :
- les citoyens des Etats-Unis, y compris ceux qui n'y résident pas et n'y ont jamais travaillé ;
- les personnes nées sur le sol des Etats-Unis, la citoyenneté américaine s'acquérant par le lieu de naissance ;
- les titulaires d'une carte de résident permanent, la carte verte, tant qu'elle n'a pas été formellement abandonnée ;
- les personnes remplissant le test de présence substantielle sur le territoire américain ;
- les sociétés, partnerships et trusts constitués aux Etats-Unis, ainsi que certaines entités qu'ils contrôlent.
Le cas typique, dans notre clientèle, est celui du Français né à New York ou à Boston pendant l'expatriation de ses parents, rentré en France à quelques mois et qui n'a plus jamais mis les pieds aux Etats-Unis. Aux yeux du droit américain, il est américain. Aux yeux de sa banque mauricienne, il porte un indice d'américanité qu'elle doit lever.
Le second cas est celui de l'ancien titulaire d'une carte verte. Le statut ne s'éteint pas parce qu'on a quitté le pays : il suppose une démarche formelle. Tant qu'elle n'est pas faite, la banque traitera le client comme une personne américaine.
Ce que la banque mauricienne demande, et pourquoi.
Toute ouverture de compte à Maurice, personnelle comme professionnelle, comporte désormais une auto-certification fiscale. C'est le document qui sert à la fois à FATCA et au CRS, et son contenu ne dépend pas de la banque : il découle de la norme.
| Situation du client | Ce que la banque demande |
|---|---|
| Aucun lien avec les Etats-Unis | auto-certification déclarant l'absence de qualité de personne américaine, généralement sur un formulaire W-8BEN ou son équivalent interne |
| Personne américaine assumée | formulaire W-9 et numéro d'identification fiscale américain, souvent le numéro de sécurité sociale |
| Lieu de naissance aux Etats-Unis, sans nationalité américaine | certificat de perte de nationalité, ou explication écrite motivée de l'absence de nationalité |
| Adresse, téléphone ou virement permanent aux Etats-Unis | justificatifs levant l'indice, à défaut le compte est traité comme américain |
| Procuration donnée à une personne établie aux Etats-Unis | identification du mandataire et, le cas échéant, auto-certification de celui-ci |
Ces indices ne sont pas des inventions d'agence : ils figurent dans les diligences imposées par l'accord. La banque n'a pas de marge d'appréciation, ce qui explique la rigidité que les nouveaux arrivants prennent souvent pour de la mauvaise volonté. Le reste du dossier, lui, obéit aux règles de conformité ordinaires, décrites dans notre page sur le dossier KYC d'une banque mauricienne.
Un conseil de méthode : ces pièces se réunissent avant le rendez-vous, pas pendant. Un dossier qui repart avec une demande de complément perd plusieurs semaines, ce qui pèse lourd quand le compte conditionne le reste de l'installation, comme l'explique notre guide sur l'ouverture d'un compte bancaire à l'île Maurice.
Pourquoi un dossier américain se ferme parfois.
Aucune banque n'est tenue d'ouvrir un compte, à Maurice comme ailleurs. Trois raisons expliquent la prudence des établissements face à une clientèle américaine.
La première est le coût de conformité. Identifier, documenter, déclarer et conserver les preuves suppose des procédures dédiées, qui ne se rentabilisent que sur un volume de clients suffisant. Plusieurs banques ont préféré fermer le segment.
La deuxième est le risque résiduel. Une erreur d'identification expose l'établissement à la retenue de 30 % prévue par la loi américaine, et à un contentieux dans un ordre juridique qui n'est pas le sien.
La troisième est la notion de titulaire récalcitrant : un client qui ne fournit pas les pièces demandées reste inscrit comme tel dans les déclarations, ce qu'aucune banque ne souhaite laisser durer. Le compte finit par être clôturé.
En pratique, le refus prend rarement la forme d'un courrier motivé. Il se manifeste par un dossier qui n'avance plus, une demande de complément qui se répète, un rendez-vous qui ne se reprogramme pas. Notre page sur le refus d'ouverture de compte bancaire à Maurice détaille les recours réels, qui sont limités mais existent.
FATCA et CRS, deux dispositifs qu'on ne confond plus.
Les deux se ressemblent par leur mécanique déclarative et se rejoignent dans un même formulaire d'ouverture. Tout le reste diffère.
| Critère | FATCA | CRS |
|---|---|---|
| Nature du texte | loi américaine et accord bilatéral | norme de l'OCDE et accord multilatéral |
| Rattachement du contribuable | nationalité ou statut fiscal américain | résidence fiscale |
| Nombre de destinataires | un seul, les Etats-Unis | une centaine de juridictions, 87 partenaires servis par Maurice en 2025 |
| Date d'application à Maurice | accord signé le 27 décembre 2013 | premiers échanges en 2018 |
| Réciprocité | prévue par l'accord de modèle 1, d'ampleur inégale en pratique | réciproque par construction entre partenaires activés |
| Pertinence pour un résident de France | nulle, sauf lien américain | directe et annuelle |
Pour un dirigeant franco-mauricien sans attache américaine, la conclusion est simple : FATCA est une formalité d'ouverture, le CRS est l'enjeu réel. C'est ce dernier que traite notre page sur le CRS entre Maurice et la France.
Ce que FATCA ne dispense jamais de faire.
Un point que nous devons répéter à chaque dossier : aucun de ces dispositifs n'est une déclaration faite pour vous.
FATCA fait circuler des données entre Maurice et les Etats-Unis. Le CRS fait circuler des données entre Maurice et ses partenaires, dont la France. Ni l'un ni l'autre ne remplit votre déclaration française. Tant que vous êtes résident fiscal de France, chaque compte ouvert, détenu, utilisé ou clos à Maurice doit être déclaré, en application de l'article 1649 A du code général des impôts, sur l'imprimé 3916-3916 bis joint à la déclaration de revenus. C'est l'objet de notre page sur la déclaration 3916 des comptes à l'étranger, qui détaille aussi le régime d'amendes de l'article 1736, IV. Lorsque des années sont déjà passées sans déclaration, la remise en ordre relève du droit commun des déclarations rectificatives, décrit dans notre page sur le fait de régulariser un compte à l'étranger.
Une dernière remarque, pour les lecteurs concernés à titre personnel. La qualité de personne américaine emporte, en droit américain, des obligations déclaratives propres, indépendantes de tout revenu de source américaine. Elles ne relèvent pas du droit français ni du droit mauricien, et nous ne les traitons pas ici : elles supposent un conseil admis à pratiquer devant l'administration fiscale américaine. Le bon réflexe, si un lieu de naissance américain figure dans votre dossier, est de traiter ce point séparément et en amont, plutôt que de le découvrir au guichet.
FATCA et les banques mauriciennes, vos questions.
Suis-je concerné par FATCA si je suis français et résident de Maurice ?
En principe non. FATCA vise les personnes américaines : citoyens des Etats-Unis, titulaires d'une carte verte, et personnes remplissant le test de présence substantielle. Un Français résidant à Maurice sans lien avec les Etats-Unis n'entre pas dans le champ. Il devra tout de même signer une auto-certification à l'ouverture du compte, par laquelle il déclare ne pas être une personne américaine : c'est ce document qui met la banque en conformité.
Je suis né aux Etats-Unis mais je n'y ai jamais vécu. Cela change-t-il quelque chose ?
Oui, et c'est le cas le plus fréquent. La citoyenneté américaine s'acquiert par la naissance sur le sol des Etats-Unis. Un lieu de naissance américain constitue un indice au sens de FATCA : la banque doit traiter le compte comme américain, sauf à recevoir une preuve du contraire. En pratique, elle demandera soit un numéro d'identification fiscale américain, soit un certificat de perte de nationalité accompagné d'une explication écrite.
Quelle est la différence entre FATCA et le CRS ?
Le critère et la géographie. FATCA repose sur la nationalité américaine et ne concerne qu'un seul pays, les Etats-Unis, en vertu d'un accord bilatéral. Le CRS repose sur la résidence fiscale et fonctionne entre une centaine de juridictions : Maurice a transmis à 87 partenaires en 2025. Une même banque mauricienne applique les deux, avec un seul formulaire d'auto-certification, mais les données partent vers des destinataires différents.
Une banque mauricienne peut-elle refuser un client américain ?
Oui, et cela arrive. Aucune banque n'est obligée d'ouvrir un compte. La charge de conformité attachée à une clientèle américaine, le risque d'erreur et la retenue à la source de 30 % prévue par la loi américaine en cas de défaillance conduisent plusieurs établissements à restreindre ou à écarter ce segment. Le refus n'est presque jamais motivé explicitement : il se manifeste par un dossier qui n'avance plus.
FATCA me dispense-t-il de déclarer mon compte en France ?
Non. FATCA est un flux entre la Mauritius Revenue Authority et l'administration américaine ; il n'a aucun effet sur vos obligations françaises. Tant que vous êtes résident fiscal de France, le compte mauricien doit être déclaré chaque année sur l'imprimé 3916-3916 bis, en application de l'article 1649 A du code général des impôts. L'amende de l'article 1736, IV est de 1 500 euros par compte et par année non prescrite.
Que déclare exactement la banque mauricienne au titre de FATCA ?
Elle déclare à la Mauritius Revenue Authority, qui transmet aux Etats-Unis, les éléments prévus par l'accord : identité et numéro d'identification fiscale américain du titulaire, numéro de compte, nom de l'institution, solde ou valeur en fin d'année, et selon la nature du compte les montants bruts d'intérêts, de dividendes, d'autres revenus et de produits de cession. Le détail des opérations n'est pas transmis.
La suite, naturellement.
Le CRS entre Maurice et la France
L'autre échange automatique, celui qui concerne réellement les résidents de France.
Découvrir →La déclaration 3916 des comptes à l'étranger
L'obligation française qui suit tout compte mauricien, et ses amendes.
Découvrir →Le dossier KYC d'une banque mauricienne
Les pièces réellement demandées, et l'ordre dans lequel les préparer.
Découvrir →Un dossier bancaire se prépare avant le rendez-vous.
Un premier échange, puis une note écrite sur votre situation entre la France et Maurice. Sans engagement, sans frais.
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