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L'imposition de votre pension de retraite entre la France et Maurice.

L'imposition d'une pension de retraite à Maurice est le sujet sur lequel les pages francophones se contredisent le plus. La convention fiscale de 1980 ne partage pas les pensions entre privé et public : elle les partage entre sécurité sociale et reste du monde, et cette nuance change le pays qui encaisse. Voici la règle, article par article, vérifiée sur les textes officiels en août 2026.

L'essentiel

Imposition d'une pension de retraite à Maurice : qui impose quoi.

Un retraité français installé à Maurice n'a pas une pension, il en a souvent trois ou quatre : une retraite de base, une ou plusieurs complémentaires, parfois une pension de la fonction publique, parfois une rente d'un dispositif d'épargne. La convention fiscale du 11 décembre 1980, dans sa version consultée sur impots.gouv.fr en août 2026, les traite séparément. Le tableau ci-dessous résume la règle.

Nature de la pensionTexte applicableEtat qui impose
Retraite de base du régime généralart. 18 § 2France seule
Complémentaire obligatoire (AGIRC-ARRCO)art. 18 § 2France seule
Pension d'un emploi antérieur hors sécurité socialeart. 18 § 1Maurice, Etat de résidence
Pension de la fonction publique françaiseart. 19 § 2 aFrance seule
Même pension, bénéficiaire résident et national mauricienart. 19 § 2 bMaurice également
Revenu non assujetti à l'impôt mauricienart. 18 § 3France, retour à la source

Retenez la ligne de partage réelle : elle ne passe pas entre le privé et le public, mais entre ce qui est versé en application de la législation sur la sécurité sociale et ce qui ne l'est pas. C'est ce déplacement de frontière que la plupart des pages francophones manquent, et il concerne l'essentiel des revenus d'un retraité du privé.

Le texte

Ce que dit la convention de 1980, paragraphe par paragraphe.

L'article 18 tient en trois paragraphes, et chacun compte.

Le premier pose le principe favorable à l'Etat de résidence : sous réserve de l'article 19, les pensions et autres rémunérations similaires payées à un résident d'un Etat au titre d'un emploi antérieur « ne sont imposables que dans cet Etat ». Lu seul, il donne Maurice gagnante pour tout retraité du privé devenu résident mauricien. C'est cette lecture partielle qui circule.

Le deuxième paragraphe la renverse pour une large part : « nonobstant les dispositions du paragraphe 1, les pensions et autres sommes payées en application de la législation sur la sécurité sociale d'un Etat ne sont imposables que dans cet Etat ». L'Etat visé est ici celui dont la législation sert la pension, donc la France pour une retraite française.

Le troisième est une clause de sauvegarde : le paragraphe 1 ne s'applique pas lorsque le bénéficiaire « n'est pas assujetti à l'impôt pour ces revenus dans l'Etat dont il est un résident » ; dans ce cas, le revenu redevient imposable dans l'Etat d'où il provient. Nous y revenons plus bas, car Maurice n'impose pas tout.

Le partage

Sécurité sociale ou pension privée : la distinction qui décide.

Reste à savoir ce que recouvre l'expression « législation sur la sécurité sociale ». La convention ne la définit pas. La doctrine administrative française, elle, le fait : le Bulletin officiel des finances publiques consacré aux pensions en droit conventionnel (BOI-INT-DG-20-20-50) vise les régimes dont le caractère obligatoire résulte de la loi, régime général et régimes spéciaux, et y ajoute expressément les régimes de retraite complémentaire obligatoires, dont ceux relevant de l'AGIRC et de l'ARRCO.

La conséquence est nette. Pour un cadre ou un salarié du privé installé à Maurice, la retraite de base et la complémentaire, c'est-à-dire la quasi-totalité de la pension, demeurent imposables en France. La fiche que l'administration française destine aux résidents de Maurice le confirme sans détour : figurent parmi les revenus à déclarer en France les « retraites privées payées par des caisses de retraites ou des organismes de prévoyance situés en France », ainsi que les rémunérations et pensions payées par l'Etat français ou l'une de ses collectivités (impots.gouv.fr, fiche pays consultée en août 2026).

Que reste-t-il alors dans le champ du paragraphe 1, donc de l'impôt mauricien ? Les pensions et rentes qui ne procèdent pas d'un régime légalement obligatoire : rentes de régimes supplémentaires d'entreprise, rentes viagères issues de contrats d'épargne retraite, produits assimilés. Aucun texte propre à Maurice ne dresse cette liste, et la qualification s'apprécie dispositif par dispositif, contrat en main. C'est un point que nous vérifions systématiquement avant d'annoncer un résultat, jamais l'inverse.

Fonction publique

La pension du fonctionnaire, et son exception.

L'article 19, paragraphe 2, traite les pensions payées par un Etat, une collectivité territoriale ou une personne morale de droit public au titre de services rendus : elles ne sont imposables que dans cet Etat. Une retraite de fonctionnaire d'Etat, de territoriale ou d'hospitalière reste donc française, y compris pour un retraité qui vit à Maurice toute l'année.

L'exception figure au b) du même paragraphe : ces pensions sont aussi imposables dans l'autre Etat si la personne en est un résident et en possède la nationalité. Autrement dit, l'imposition mauricienne ne s'ouvre qu'au retraité qui est à la fois résident mauricien et citoyen mauricien, ce qui suppose une naturalisation, pas un permis. Dernière précision utile : lorsque les services ont été rendus dans le cadre d'une activité industrielle ou commerciale exercée par une personne publique, le paragraphe 3 renvoie à l'article 18, et l'on retombe sur la grille précédente.

Le piège

Le paragraphe 3, ou ce que la remittance déclenche.

Maurice impose ses résidents sur leurs revenus de source mauricienne et sur leurs revenus étrangers rapatriés sur l'île. La MRA range expressément parmi les revenus étrangers la pension versée au titre de services passés. Une pension laissée sur un compte français n'est donc, en principe, pas imposée à Maurice.

C'est exactement la situation que vise le paragraphe 3 de l'article 18 : un revenu que l'Etat de résidence n'assujettit pas à l'impôt redevient imposable dans l'Etat de la source. Croire qu'une pension ne sera imposée nulle part parce qu'elle n'est pas rapatriée est donc une erreur de raisonnement, pas une optimisation. Et le raisonnement suppose au préalable d'être réellement résident fiscal mauricien, ce qui se démontre : les critères et les pièges de la résidence fiscale à l'île Maurice sont traités dans notre page dédiée.

A Maurice

Ce que Maurice prélève, et ce qu'elle exonère.

Pour la part de pension qui lui revient, Maurice applique son barème de droit commun, sans régime de faveur propre aux retraités étrangers. Le Finance Act 2026, publié au Journal officiel le 13 août 2026, lui donne quatre tranches à compter de l'année de revenu ouverte le 1er juillet 2026 : 0 % jusqu'à Rs 500 000 de revenu imposable, 10 % sur les Rs 500 000 suivantes, 20 % sur les Rs 11 000 000 suivants, puis 35 % au-delà de Rs 12 000 000. Pour l'année de revenu du 1er juillet 2025 au 30 juin 2026, le barème comptait trois tranches et s'arrêtait à 20 % au-delà de Rs 1 000 000, la Fair Share Contribution de 15 % s'y ajoutant au-delà de Rs 12 000 000 de revenu. Cette contribution reste due au titre de cette seule année : le Finance Act 2026 en a supprimé les années suivantes.

Le statut de retired person existe, mais il sert surtout à ouvrir les abattements de droit commun : la MRA le réserve à la personne ayant atteint 60 ans avant le début de l'année de revenus et ne percevant, hors pension, ni revenu d'entreprise ni rémunération supérieure à un seuil annuel. Les abattements pour personnes à charge s'y ajoutent selon la composition du foyer. Enfin, la contribution sociale mauricienne vise les salariés et les indépendants, à l'exclusion des personnes qui ne tirent que des revenus passifs : une pension étrangère n'y est pas soumise.

Reste le point que l'on oublie de regarder : l'article 24 de la convention. Maurice exonère les revenus que la convention rend imposables en France, mais calcule l'impôt sur les revenus qui lui reviennent au taux correspondant au total. Une pension française imposée en France peut donc, une fois rapatriée, relever le taux applicable à vos autres revenus mauriciens sans être elle-même taxée deux fois.

Social

CSG, CRDS et cotisation d'assurance maladie : le vrai sort.

Le sujet est technique et souvent traité de travers en ligne. Deux règles suffisent à s'y retrouver.

D'abord, la CSG, la CRDS et la Casa ne sont pas prélevées sur les pensions d'une personne dont le domicile fiscal est établi hors de France. Un retraité résident mauricien en sort donc, et c'est un gain immédiat sur le montant net versé.

Ensuite, une cotisation d'assurance maladie prend le relais si vous restez à la charge d'un régime obligatoire français d'assurance maladie. Ses taux usuels sont de 3,2 % sur la retraite de base, 4,2 % sur la retraite complémentaire et 7,1 % sur les pensions des régimes de travailleurs indépendants (CLEISS, août 2026). Comme aucune convention bilatérale de sécurité sociale ne lie la France et Maurice, votre couverture santé sur place se reconstruit par ailleurs, et cela se prépare avant le départ : voyez notre guide de l'assurance santé pour expatrié à l'île Maurice. Un droit subsiste toutefois pour les soins reçus lors de séjours temporaires en France, ouvert depuis le 1er juillet 2019 au titulaire d'une pension rémunérant au moins quinze ans d'assurance en France, sur inscription auprès du centre national des retraités de France à l'étranger.

Démarches

Les démarches, dans l'ordre.

  1. Informer chaque caisse, régime de base et complémentaires, du changement de pays de résidence et des coordonnées de paiement retenues.
  2. Signaler le départ à l'administration fiscale française : le service des impôts des particuliers non-résidents devient votre interlocuteur.
  3. Obtenir un certificat de résidence fiscale mauricien une fois les conditions réunies, seule preuve opposable de votre statut.
  4. Vérifier la retenue à la source appliquée par les caisses sur les pensions restées imposables en France : elle suit un barème à trois tranches, 0 %, 12 % et 20 %, revalorisé chaque année, dont les deux premières sont libératoires.
  5. Déposer chaque année la déclaration française des revenus de source française, avec le formulaire dédié à la retenue déjà prélevée, et comparer le taux minimum d'imposition des non-résidents, 20 % puis 30 %, avec l'option pour le taux moyen quand elle est plus favorable.
  6. Répondre à la demande annuelle de justificatif d'existence : un certificat unique vaut pour tous vos régimes, et l'absence de retour dans le délai imparti suspend le paiement.
  7. Déposer, si vous êtes résident mauricien, la déclaration annuelle à la MRA, dont l'année de revenus s'achève le 30 juin.

Ces sept étapes s'insèrent dans un projet plus large, que nous déroulons dans l'ordre du calendrier sur notre page consacrée au retraité français qui s'installe à Maurice.

Erreurs

Les erreurs que nous corrigeons le plus souvent.

  • Annoncer que toute pension privée devient mauricienne. Le paragraphe 2 de l'article 18 réserve à la France les pensions de sécurité sociale, complémentaires obligatoires comprises.
  • Confondre le permis et la résidence fiscale. Le premier autorise à vivre sur place, la seconde se démontre par la présence effective et les critères légaux.
  • Compter sur une pension non rapatriée pour échapper à tout impôt. Le paragraphe 3 ramène alors l'imposition en France.
  • Oublier la cotisation d'assurance maladie. La disparition de la CSG ne signifie pas l'absence de tout prélèvement sur la pension.
  • Traiter le couple comme un bloc. Une pension du privé et une pension de la fonction publique relèvent de deux articles différents, dans le même foyer.

Cette page informe, elle ne conseille pas. La qualification exacte de chacune de vos pensions, l'année du transfert de résidence et le calendrier des rapatriements se regardent sur pièces, avec vos relevés et vos notifications de retraite. C'est l'objet du premier échange et de la note écrite que nous remettons ensuite, avant tout engagement.

Questions fréquentes

Vos questions sur l'imposition des pensions.

Ma retraite française est-elle imposable à Maurice ?

Pas nécessairement, et c'est l'erreur la plus répandue. L'article 18 de la convention de 1980 réserve à l'Etat de résidence les pensions versées au titre d'un emploi antérieur, mais son paragraphe 2 rend les pensions payées en application de la législation sur la sécurité sociale imposables dans le seul Etat qui les verse. Or la doctrine fiscale française range dans cette catégorie le régime de base et les régimes complémentaires obligatoires, dont l'AGIRC-ARRCO : ces pensions restent donc imposables en France, même si vous vivez à Maurice.

Quelle différence entre une pension privée et une pension publique dans la convention ?

Une pension publique est celle qui rémunère des services rendus à l'Etat français, à une collectivité ou à une personne morale de droit public : l'article 19, paragraphe 2, la rend imposable en France seulement. Une pension privée relève de l'article 18. Mais la question décisive n'est pas là : c'est de savoir si la pension est servie en application de la législation sur la sécurité sociale, auquel cas elle reste française quelle que soit la carrière.

Un retraité français à Maurice paie-t-il encore la CSG et la CRDS ?

Non, dès lors que son domicile fiscal est établi hors de France : ni CSG, ni CRDS, ni Casa ne sont prélevées sur les pensions (CLEISS et Assurance retraite, août 2026). En revanche, si vous restez à la charge d'un régime obligatoire français d'assurance maladie, une cotisation d'assurance maladie est retenue sur la pension, au taux de 3,2 % sur la retraite de base, 4,2 % sur la complémentaire et 7,1 % pour les régimes d'indépendants.

Comment Maurice impose-t-elle une pension étrangère ?

Un résident fiscal mauricien est imposé sur ses revenus mauriciens et sur ses revenus étrangers rapatriés à Maurice, la MRA rangeant expressément la pension au titre de services passés parmi les revenus étrangers. Le barème en vigueur depuis l'année de revenu ouverte le 1er juillet 2026 applique 0 % jusqu'à Rs 500 000 de revenu imposable, 10 % sur la tranche suivante, 20 % jusqu'à Rs 12 000 000, puis 35 % au-delà ; pour l'année précédente, il s'arrêtait à 20 % au-delà de Rs 1 000 000. Une pension que la convention rend imposable en France est, elle, exonérée à Maurice.

Le permis retraité rend-il ma pension imposable à Maurice ?

Non. Le permis autorise à résider, il ne décide pas de la résidence fiscale, qui s'apprécie sur la présence effective et les critères de la loi mauricienne, puis sur ceux de la convention en cas de conflit. Vous pouvez détenir un permis retraité et rester résident fiscal français, ou devenir résident mauricien sans que la nature de vos pensions change de camp pour autant.

Premier échange sans engagement

Faisons le calcul avant le départ.

Un premier échange offert, puis une note écrite : la nature exacte de chacune de vos pensions, le pays qui l'imposera et les démarches à engager, selon votre situation.

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