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Les dividendes versés par une société résidente de Maurice.

C'est l'un des traits les plus connus du régime mauricien : les dividendes payés par une société résidente ne sont pas imposés entre les mains de l'actionnaire. La phrase est exacte, et elle est incomplète. Ces mêmes dividendes sont expressément ajoutés à l'assiette de la Fair Share Contribution, prélèvement distinct de l'impôt sur le revenu qui frappe les revenus les plus élevés. Un actionnaire qui raisonne sur la seule exonération peut donc se tromper de conclusion, et l'erreur ne se voit qu'au moment du calcul.

La règle

Ce qui est exact, et qui ne suffit pas.

Les dividendes payés par une société résidente de Maurice ne sont pas imposés entre les mains de l'actionnaire. La logique est celle d'une imposition unique : la société acquitte l'impôt sur les sociétés sur son résultat, et la distribution qui suit n'est pas de nouveau taxée chez celui qui la perçoit.

C'est une différence de fond avec la France, où le dividende supporte un prélèvement chez le bénéficiaire après que la société a été imposée sur son bénéfice. Notre guide de l'imposition des dividendes France-Maurice traite le cas où le bénéficiaire est resté résident français.

Cette règle est acquise. Ce qui suit l'est moins.

Le point aveugle

Exonéré d'impôt ne veut pas dire hors de toute assiette.

C'est le contenu de cette page, et il tient en une phrase.

Les dividendes payés par une société résidente de Maurice, ou par une coopérative enregistrée, sont expressément ajoutés au revenu leviable de la Fair Share Contribution.

La Fair Share Contribution est un prélèvement distinct de l'impôt sur le revenu, qui frappe les revenus élevés au-delà d'un seuil. Son assiette n'est pas identique à celle de l'impôt : elle procède par ajouts et par retraits, et le dividende de source mauricienne figure parmi les ajouts.

Il en résulte une situation contre-intuitive : un revenu que la loi exonère d'impôt sur le revenu entre malgré tout dans l'assiette d'un autre prélèvement assis sur le même montant. Notre guide de la Fair Share Contribution expose le dispositif et son état actuel.

Qui est concerné

Le profil exact.

La plupart des contribuables ne sont pas concernés, le prélèvement ne visant que les revenus les plus élevés.

Deux profils le sont directement, et ce sont ceux que ce site adresse.

Le dirigeant qui se rémunère en dividendes. L'arbitrage entre salaire et distribution, longtemps tranché en faveur du dividende par la seule considération de l'exonération, doit intégrer ce second prélèvement. Le calcul optimal il y a deux ans ne l'est pas nécessairement aujourd'hui, d'autant que le barème de l'impôt sur le revenu a lui-même été refondu par les lois promulguées le 12 août 2026.

Le détenteur d'un portefeuille de titres mauriciens dont les distributions constituent une part importante du revenu annuel. C'est le profil de quelqu'un qui vit de son capital, et il est directement exposé.

La distinction

Dividende mauricien et dividende étranger.

Elle est nette et il faut la tenir, parce qu'elle décide du régime.

Société résidente de MauriceSociété étrangère
Chez un particulierNon imposé à l'impôt sur le revenuImposable
Chez une sociétéNon imposéExonération d'assiette de 80 %, sous conditions
Fair Share ContributionAjouté au revenu leviableSelon les règles générales

Un portefeuille international ne bénéficie donc pas de l'exonération au titre de ses dividendes étrangers, alors qu'il en bénéficie au titre de ses gains de cession, comme l'expose notre guide des plus-values mobilières.

Deux revenus issus du même titre suivent deux régimes différents. C'est la règle constante du système mauricien : le revenu est qualifié, pas le produit et pas le contribuable.

Chez une société

Le dividende reçu, puis redistribué.

La question se pose dès qu'une structure de détention est envisagée, et elle appelle deux réponses distinctes.

Le dividende que la société reçoit. S'il vient d'une société résidente de Maurice, il n'est pas imposé chez elle. S'il vient de l'étranger, il relève de la partial exemption, sous les conditions de substance que le règlement fixe.

Le dividende que la société redistribue à son actionnaire. La société étant résidente de Maurice, sa distribution n'est pas imposée chez celui qui la reçoit, et elle entre dans le revenu leviable de la Fair Share Contribution comme n'importe quel dividende mauricien.

Interposer une société ne fait donc pas disparaître le sujet, elle le déplace d'un cran. C'est un point à intégrer au calcul avant de constituer quoi que ce soit.

L'arbitrage

Salaire ou dividende, et pourquoi il a bougé.

C'est la décision la plus fréquente chez un dirigeant établi à Maurice, et elle a longtemps eu une réponse simple. Le dividende n'étant pas imposé chez l'actionnaire, il paraissait mécaniquement préférable au salaire, lequel supporte l'impôt sur le revenu et les cotisations attachées à la rémunération. Beaucoup de structures ont été calibrées sur ce raisonnement, et elles ne l'ont plus été depuis.

Deux évolutions imposent de refaire le calcul plutôt que de le reconduire.

La première est la Fair Share Contribution, exposée plus haut, qui ajoute les dividendes de source mauricienne à son revenu leviable. Elle atteint donc précisément le dirigeant qui avait choisi de se rémunérer ainsi, et elle le fait sur le montant même que l'exonération avait paru mettre à l'abri.

La seconde est la refonte du barème de l'impôt sur le revenu opérée par les deux lois promulguées le 12 août 2026, applicable aux revenus perçus depuis le 1er juillet de la même année. Un barème qui change modifie l'écart entre les deux voies, et cet écart est précisément ce que l'arbitrage mesure. Une répartition qui était optimale au printemps ne l'est pas nécessairement à l'automne.

Il faut ajouter un troisième élément, que les calculs purement fiscaux oublient presque toujours. Le salaire ouvre des droits, alimente une couverture sociale et constitue un revenu régulier que les établissements financiers savent lire. Le dividende ne fait rien de tout cela. Une rémunération entièrement en distributions peut compliquer un dossier de crédit ou une demande de renouvellement de permis, pour un avantage fiscal que la Fair Share Contribution vient par ailleurs réduire. L'arbitrage n'est donc pas seulement fiscal, et le traiter comme tel conduit régulièrement à des décisions que l'on regrette deux ans plus tard.

L'actionnaire non-résident

La question se déplace, elle ne disparaît pas.

Le régime décrit dans cette page est celui d'un actionnaire résident de Maurice. Lorsque l'actionnaire réside ailleurs, l'exonération mauricienne conserve sa portée mauricienne, mais elle ne dit rien de ce que fera l'Etat de résidence du bénéficiaire.

C'est une évidence qui se perd souvent, parce que l'expression « dividende non imposé » est entendue comme un absolu. Elle ne l'est jamais. Un dividende mauricien versé à un résident de France est imposable en France selon les règles françaises, sous réserve de la convention, comme l'expose notre guide dédié. Le raisonnement vaut pour tout autre Etat de résidence, avec ou sans convention.

La conséquence pratique est que la question de la résidence de l'actionnaire précède toujours celle du régime du dividende, et non l'inverse. Distribuer avant d'avoir établi où l'on est résident revient à décider sans savoir quelle règle s'applique.

L'obligation déclarative

Exonéré ne veut pas dire invisible.

Un revenu exonéré se déclare. Trois raisons au moins l'imposent.

  • Il entre dans le calcul d'autres prélèvements, comme on vient de le voir
  • Il entre dans les seuils qui déclenchent certaines obligations, dont l'état des actifs et passifs de la section 123C
  • Il constitue la preuve de l'origine des fonds le jour où celle-ci est demandée, par une banque comme par une administration étrangère

Ne pas déclarer un revenu exonéré ne procure aucun avantage et crée un trou dans l'historique. C'est une économie de temps qui se paie plus tard, généralement au pire moment.

Ce qu'il faut retenir

Trois phrases.

Le dividende d'une société résidente n'est pas imposé à l'impôt sur le revenu chez l'actionnaire. Il entre malgré tout dans l'assiette de la Fair Share Contribution. Et l'arbitrage entre salaire et dividende se refait chaque année, sur le barème en vigueur et non sur celui de l'année précédente.

Questions fréquentes

Les dividendes mauriciens, vos questions.

Les dividendes d'une société mauricienne sont-ils imposés ?

Pas au titre de l'impôt sur le revenu, entre les mains de l'actionnaire. La logique est celle d'une imposition unique au niveau de la société, qui acquitte l'impôt sur les sociétés sur son résultat ; le dividende distribué ensuite n'est pas de nouveau imposé chez celui qui le reçoit. Ce point est acquis et il n'est pas contesté.

Où est le piège, alors ?

Dans un autre prélèvement. Les dividendes payés par une société résidente de Maurice ou par une coopérative enregistrée sont expressément ajoutés au revenu leviable de la Fair Share Contribution, qui est distincte de l'impôt sur le revenu. Un revenu exonéré d'impôt peut donc entrer dans une autre assiette, et c'est exactement ce qui se produit ici.

Cela concerne-t-il tout le monde ?

Non. La Fair Share Contribution vise les revenus élevés, au-delà d'un seuil, et la plupart des contribuables n'y sont pas soumis. Elle concerne en revanche assez directement un actionnaire dont l'essentiel des revenus vient de distributions, c'est-à-dire le profil d'un dirigeant qui se rémunère en dividendes ou d'un détenteur de portefeuille mauricien.

Un dividende de source étrangère suit-il le même régime ?

Non, et la différence est importante. L'exonération vise les dividendes d'une société résidente de Maurice. Un dividende versé par une société étrangère est un revenu de source étrangère, imposable chez son bénéficiaire, avec un traitement propre lorsque le bénéficiaire est une société, celui de l'exonération partielle de 80 pour cent sous conditions de substance.

Faut-il déclarer un dividende exonéré ?

Oui, et c'est une confusion fréquente. L'exonération porte sur l'imposition, pas sur l'obligation déclarative. Un revenu exonéré se déclare, ne serait-ce que parce qu'il entre dans le calcul d'autres prélèvements et dans les seuils qui déclenchent certaines obligations, dont l'état des actifs et passifs prévu par la section 123C.

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