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Le taux zéro mauricien sur les services exportés, condition par condition.

Une société mauricienne qui facture des clients étrangers applique le taux zéro, et non une exonération. La nuance n'est pas sémantique : seule la première des deux ouvre le droit de déduire la TVA supportée en amont. Encore faut-il remplir les conditions exactes de la cinquième annexe du Value Added Tax Act, savoir que le seuil d'immatriculation obligatoire est passé à 3 millions de roupies le 1er octobre 2025, et connaître la liste des professions qui doivent s'immatriculer sans aucun seuil. Voici le régime, lu dans le texte consolidé.

L'essentiel

Le régime des services exportés, en un tableau.

Données vérifiées le 16 août 2026 sur la version consolidée jusqu'à mai 2026 du Value Added Tax Act publiée par la Mauritius Revenue Authority, et sur le communiqué de la MRA du 12 septembre 2025 relatif au changement de seuil.

PointLa règle, et son texte
Taux normal15 % (quatrième annexe, renvoi de la section 10)
Services exportésTaux zéro (cinquième annexe, item 6, a, par renvoi de la section 11)
Effet du taux zéroFourniture taxable au taux nul : la déduction en amont est conservée (section 11)
Effet de l'exonérationAucune déduction de la taxe d'amont (section 21, sous-section 2, a)
Seuil d'immatriculation3 millions de roupies depuis le 1er octobre 2025 (section 15, sous-section 1, et sixième annexe)
Immatriculation sans seuilProfessions et activités de la dixième annexe (section 15, sous-section 2)
DispenseChiffre d'affaires exclusivement à taux zéro, ou à taux zéro et exonéré (section 15, sous-section 3)
RemboursementAu prorata des fournitures à taux zéro (section 24, sous-section 2)
Période déclarativeMensuelle au-delà de 10 millions de roupies de chiffre d'affaires, trimestrielle en deçà (deuxième annexe)
La distinction

Exonéré et taux zéro, deux mots, deux effets.

Les deux régimes se ressemblent sur la facture : aucune taxe n'apparaît. Ils s'opposent en amont.

Une fourniture exonérée est celle qui figure à la première annexe. La section 21, sous-section 2, a, interdit d'imputer en crédit la taxe supportée sur les biens et services utilisés pour la réaliser. La TVA payée aux fournisseurs locaux devient un coût définitif.

Une fourniture à taux zéro relève de la section 11, qui l'énonce sans ambiguïté : aucune TVA n'est due sur la fourniture, mais celle-ci est traitée à tous égards comme une fourniture taxable, le taux applicable étant simplement nul. La définition de la fourniture taxable donnée par la section 2 le confirme : elle inclut les fournitures à taux zéro et exclut les fournitures exonérées. Conséquence pratique : l'exportateur de services conserve son droit à déduction et se retrouve, le plus souvent, en position créditrice permanente.

Confondre les deux notions n'est pas une faute d'école. Un prestataire qui se croit exonéré renonce à un crédit de taxe qu'il pouvait récupérer ; un prestataire qui se croit à taux zéro alors qu'il ne l'est pas facture sans taxe une opération qui en supportait une. Le contenu des deux annexes, au-delà des seuls services exportés, est repris ligne par ligne dans notre fiche sur les opérations à taux zéro et les opérations exonérées, et le cadre général de la taxe est traité dans notre page sur la TVA à l'île Maurice.

La condition

Ce qu'exige réellement l'item 6 de la cinquième annexe.

Le texte est court et chaque mot compte. L'item 6, a, place au taux zéro « la fourniture de services à une personne qui appartient à un pays autre que Maurice et qui se trouve hors de Maurice au moment où les services sont exécutés », la version consolidée jusqu'à mai 2026 ajoutant, à la suite d'une modification portée par le Finance Act 2025, la condition que les services ne soient pas consommés à Maurice.

Trois conditions, donc, et elles se cumulent.

L'appartenance à un autre pays est définie au paragraphe c du même item : une personne appartient à un pays autre que Maurice si elle n'a pas d'établissement stable à Maurice pour l'exercice de son activité, ou si sa résidence se situe hors de Maurice. Un client français qui dispose d'une succursale mauricienne ne remplit pas nécessairement cette condition pour les prestations rattachées à cette succursale.

La présence hors de Maurice s'apprécie au moment de l'exécution des services, et non à la date de la facture ni à celle du paiement. C'est la condition la plus souvent perdue de vue par les prestataires qui reçoivent physiquement leurs clients sur l'île.

L'absence de consommation à Maurice, enfin, ferme la porte aux schémas dans lesquels le bénéficiaire réel du service se trouve sur place quand le payeur, lui, est à l'étranger.

Deux autres cas de taux zéro méritent d'être connus. L'item 6, b, vise les services rendus par un titulaire de management licence aux sociétés titulaires d'une Global Business Licence, ainsi que certaines opérations bancaires avec des non-résidents. Et l'item 5 place au taux zéro les biens et services fournis à un licencié du Freeport, dès lors qu'ils sont destinés exclusivement à ses activités de Freeport, régime détaillé dans notre page sur le Freeport mauricien.

Le seuil

3 millions de roupies depuis le 1er octobre 2025.

La section 15, sous-section 1, oblige à demander l'immatriculation toute personne qui réalise des fournitures taxables dans le cadre de son activité et dont le chiffre d'affaires de fournitures taxables dépasse, ou est susceptible de dépasser, le montant inscrit à la sixième annexe. Ce montant est aujourd'hui de 3 millions de roupies.

Le changement date du Finance Act 2025. Le communiqué de la Mauritius Revenue Authority du 12 septembre 2025 fixe la prise d'effet de l'immatriculation au 1er octobre 2025 et vise deux catégories : les personnes dont le chiffre d'affaires annuel de fournitures taxables dépasse ou est susceptible de dépasser 3 millions de roupies, et les titulaires d'une Pleasure Craft Licence délivrée par la Tourism Authority pour un bateau de plus de douze mètres exploité commercialement.

Le chiffre de 6 millions n'a donc plus cours. Il continue pourtant de circuler, et pas seulement sur les sites de vulgarisation : les notes du formulaire VAT 1A publié par la MRA elle-même énoncent encore la règle en visant « le montant de 6 millions de roupies ». Le formulaire n'a pas été mis à jour ; la sixième annexe, elle, l'a été, et c'est elle qui fait foi. Nous détaillons la démarche dans notre guide sur l'immatriculation à la TVA à Maurice.

Sans seuil

Les activités de la dixième annexe.

Le seuil ne protège pas tout le monde. La section 15, sous-section 2, a, impose l'immatriculation, par dérogation, à trois catégories.

La première, au i, vise les personnes exerçant une activité ou une profession énumérée à la partie I de la dixième annexe, alors même que leur chiffre d'affaires ne dépasse pas le seuil. La liste, telle qu'elle figure dans la version consolidée, comprend notamment les comptables et auditeurs, les agents de publicité, les conseils, y compris les conseils en investissement et les conseils fiscaux, les architectes, les avocats et attorneys, les barristers ayant plus de deux ans de barreau, les transitaires, les consultants, y compris les consultants juridiques, fiscaux et en gestion, les ingénieurs, les agents immobiliers, les géomètres, les experts maritimes et automobiles, les notaires, les opticiens, les chefs de projet, les évaluateurs immobiliers, les métreurs et les commissaires-priseurs assermentés. Une exception figure au b de la même sous-section : le i ne s'applique pas à la personne qui occupe un emploi, sauf si elle exerce en outre l'une de ces professions.

La deuxième, au ii, vise les activités de la partie II, indépendamment du chiffre d'affaires. La troisième, au iii, vise la fourniture de services numériques ou électroniques énumérés à la partie III, également sans seuil.

Notre page sur la création de société par un consultant revient sur la conséquence concrète : beaucoup de prestataires indépendants installés à Maurice relèvent de cette immatriculation sans seuil dès leur premier exercice. La partie III, celle des services numériques, vise plus directement l'e-commerçant français qui vend depuis une société mauricienne, dont le catalogue est souvent dématérialisé.

La dispense

Quand le chiffre d'affaires est exclusivement à taux zéro.

La section 15, sous-section 3, prévoit une soupape. Lorsque le chiffre d'affaires d'une personne est constitué exclusivement de fournitures à taux zéro, ou de fournitures à taux zéro et de fournitures exonérées, cette personne n'est pas tenue de demander son immatriculation.

Deux lectures fautives circulent sur cette dispense. La première y voit une interdiction : ce n'en est pas une, la section 16 ouvrant l'immatriculation volontaire à toute personne réalisant des fournitures taxables, sur justification d'une comptabilité tenue correctement. La seconde y voit une dispense générale de l'exportateur : elle ne joue que si le chiffre d'affaires est exclusivement composé de ces deux catégories. Une seule facture locale au taux normal fait tomber la dispense et ramène la personne dans le droit commun du seuil.

La trésorerie

Ce que le taux zéro rend, et pourquoi on s'immatricule quand même.

Un exportateur de services immatriculé collecte zéro et déduit tout. Sa déclaration présente donc, presque mécaniquement, un excédent. La section 24, sous-section 2, lui permet d'en réclamer le remboursement à hauteur de la part correspondant à la proportion de la valeur des fournitures à taux zéro dans la valeur totale de ses fournitures taxables de la période. La sous-section 1 traite séparément le cas des biens d'équipement et des actifs incorporels de nature capitalistique, avec son propre mécanisme de réclamation. Le déroulé de cette réclamation, ses délais et la vérification qui la précède sont détaillés dans notre fiche sur le remboursement de TVA à l'île Maurice.

C'est l'arbitrage réel : rester hors du champ et supporter définitivement la TVA sur ses loyers, ses prestataires locaux, son matériel informatique et ses honoraires locaux ; ou s'immatriculer, accepter la charge déclarative et récupérer cette taxe. Le rythme des dépôts suit le chiffre d'affaires, mensuel au-delà de 10 millions de roupies de fournitures taxables et trimestriel en deçà, selon la deuxième annexe. Les échéances et le contenu de la déclaration sont traités dans notre page sur la déclaration de TVA à Maurice.

Reste le versant français du même flux. Le taux zéro mauricien ne dit rien de la TVA due en France : c'est le droit français qui décide si la prestation y est située, si le client l'autoliquide et quelles mentions la facture doit porter. Ce raisonnement, symétrique et indépendant, est développé dans notre guide sur la facturation de clients français depuis Maurice.

Questions fréquentes

Le taux zéro à l'export, vos questions.

Quelle est la différence entre une opération exonérée et une opération à taux zéro ?

L'exonération vise les biens et services de la première annexe du Value Added Tax Act : aucune TVA n'est facturée, mais la section 21, sous-section 2, a, interdit de déduire la taxe supportée sur les dépenses affectées à ces opérations. Le taux zéro relève de la section 11 : aucune taxe n'est facturée non plus, mais l'opération reste à tous égards une fourniture taxable, au taux de zéro. La déduction en amont est donc conservée, et c'est toute la différence.

Quelles conditions un service exporté doit-il remplir pour être à taux zéro ?

L'item 6, a, de la cinquième annexe exige trois choses réunies : que le client appartienne à un pays autre que Maurice, qu'il se trouve hors de Maurice au moment où les services sont exécutés, et que les services ne soient pas consommés à Maurice. Le paragraphe c précise qu'une personne appartient à un autre pays si elle n'a pas d'établissement stable à Maurice pour l'exercice de son activité, ou si sa résidence est hors de Maurice.

Quel est le seuil d'immatriculation obligatoire à la TVA à Maurice ?

3 millions de roupies de chiffre d'affaires annuel de fournitures taxables, montant inscrit à la sixième annexe du Value Added Tax Act et auquel renvoie la section 15, sous-section 1. Le communiqué de la Mauritius Revenue Authority du 12 septembre 2025 fixe la prise d'effet au 1er octobre 2025. Le chiffre de 6 millions que l'on lit encore partout, y compris sur les notes du formulaire VAT 1A de la MRA, correspond à l'état antérieur du texte.

Faut-il s'immatriculer si tout le chiffre d'affaires est à taux zéro ?

Non, ce n'est pas une obligation. La section 15, sous-section 3, dispense de la demande d'immatriculation la personne dont le chiffre d'affaires est constitué exclusivement de fournitures à taux zéro, ou de fournitures à taux zéro et de fournitures exonérées. C'est une faculté, pas une interdiction : la section 16 permet de s'immatriculer volontairement, et c'est souvent l'intérêt d'une société qui supporte de la TVA sur ses charges locales.

Quelles professions doivent s'immatriculer sans considération de seuil ?

La section 15, sous-section 2, a, i, impose l'immatriculation aux personnes exerçant une activité ou une profession de la partie I de la dixième annexe même lorsque leur chiffre d'affaires reste sous le seuil. La liste comprend notamment les comptables et auditeurs, les conseils et consultants, les architectes, les ingénieurs, les avocats et notaires, les agents immobiliers, les géomètres et les experts. La partie II et la partie III visent d'autres activités, également sans seuil.

Le taux zéro donne-t-il droit à un remboursement de TVA ?

Oui. La section 24, sous-section 2, permet à la personne immatriculée dont la déclaration fait apparaître un excédent de réclamer le remboursement de la part de cet excédent correspondant à la proportion des fournitures à taux zéro dans la valeur totale des fournitures taxables de la période. C'est le mécanisme qui rend l'immatriculation volontaire intéressante pour un exportateur de services structurellement en crédit de taxe.

Un service rendu à un client étranger présent à Maurice est-il à taux zéro ?

Non. La condition tenant à la présence du client hors de Maurice au moment où les services sont exécutés n'est pas remplie, et la condition d'absence de consommation à Maurice fait obstacle au taux zéro. La prestation redevient une fourniture taxable au taux normal de 15 % fixé par la quatrième annexe. C'est le point qui piège les prestataires de services aux visiteurs, aux investisseurs de passage et aux propriétaires étrangers.

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