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Trust ou société : le critère qui tranche vraiment.

On nous demande lequel des deux est plus intéressant, et la question est mal posée : les deux véhicules ne répondent pas au même besoin. Une société est un propriétaire dont vous détenez les parts, et la chaîne de propriété reste continue. Un trust est une rupture de propriété : le constituant se dessaisit au profit d'un trustee qui administre pour des bénéficiaires. La vraie question n'est donc pas laquelle est meilleure, mais si vous voulez conserver la propriété ou vous en séparer. Tout le reste en découle.

La question

Elle se pose presque toujours à l'envers.

On nous la présente ainsi : le trust est-il plus intéressant que la société ? La question est mal posée, parce qu'elle suppose que les deux véhicules répondent au même besoin. Ils n'y répondent pas.

Une société est un propriétaire. Elle détient des actifs en son nom, elle a des associés qui détiennent ses parts, et ces parts appartiennent à leur titulaire. La chaîne de propriété est continue : l'actionnaire est propriétaire de parts qui donnent des droits sur un patrimoine.

Un trust est une rupture de propriété. Le constituant se dessaisit d'actifs au profit d'un trustee, qui en devient propriétaire juridique et les administre au bénéfice de bénéficiaires désignés. Personne n'en est propriétaire au sens où l'entend un juriste de tradition civiliste.

La bonne question n'est donc pas laquelle est meilleure, mais : voulez-vous conserver la propriété, ou vous en dessaisir ? Tout le reste en découle, et une réponse claire à cette question tranche la plupart des dossiers.

Ce que la société fait bien

Contrôle et continuité.

Elle conserve la maîtrise. L'actionnaire décide, directement ou par les organes qu'il désigne. Il peut changer d'avis, vendre, dissoudre.

Elle se transmet par fractions. Céder ou donner des parts se fractionne, s'échelonne et se documente, ce qu'un portefeuille détenu en direct ne permet pas aussi souplement.

Elle est comprise partout. Une société est un objet familier pour une banque, une administration, un notaire. Elle ne demande aucune explication.

Elle est réversible. Une structure inutile se dissout, ce qui coûte mais reste possible.

Ce qu'elle fait mal : protéger contre soi-même. Un actionnaire reste propriétaire, donc ses parts entrent dans son patrimoine, avec tout ce que cela implique le jour où ce patrimoine est examiné, partagé ou revendiqué.

Ce que le trust fait bien

Le dessaisissement, et ses effets.

Il sépare la propriété de la jouissance. Les actifs ne sont plus dans le patrimoine du constituant. C'est ce qui fonde tous ses usages.

Il organise dans la durée. Un trust peut prévoir des distributions échelonnées, conditionnelles, adaptées à l'âge ou à la situation des bénéficiaires. Une société ne sait pas faire cela sans multiplier les conventions.

Il traverse les générations. L'acte prévoit ce qui se passe après le décès du constituant, sans qu'une succession ait à s'ouvrir sur les actifs concernés.

Notre guide du trust mauricien expose ce que le Trusts Act 2001 permet.

Ce qu'il fait mal : rendre la main. Un dessaisissement réel est difficile à défaire, et c'est précisément sa qualité. Celui qui veut conserver le contrôle ne veut pas d'un trust, il veut une société.

Le piège central

Un trust où l'on garde tout n'est pas un trust.

C'est le point sur lequel les dossiers se perdent, et il mérite d'être dit sans détour.

Un constituant qui conserve en fait le pouvoir de décider des placements, des distributions et de la révocation n'a pas transféré grand-chose. La structure existe sur le papier, et la question se pose de savoir ce qu'une administration ou un juge en fera le jour où elle sera examinée.

Les administrations étrangères regardent précisément cela. Notre guide sur le trust mauricien vu de France expose ce que le droit français en fait, y compris les obligations déclaratives qui pèsent sur le constituant comme sur le trustee.

Nommer un protecteur ne résout pas le problème. Surveiller le trustee est légitime ; lui retirer toute marge revient à recréer la difficulté sous un autre nom.

La conclusion est nette : si l'idée de perdre le contrôle vous est insupportable, le trust n'est pas votre véhicule. Ce n'est pas un défaut du trust, c'est sa définition.

Le tableau

Ce qui les sépare, point par point.

SociétéTrust
Propriété des actifsLa société, dont vous détenez les partsLe trustee
ContrôleL'actionnaire, directement ou par les organesLe trustee, dans les limites de l'acte
RéversibilitéDissolution possibleDifficile, et c'est voulu
TransmissionCession ou donation de partsPrévue par l'acte, sans succession
Compréhension par les tiersImmédiateVariable selon les pays
Protection du patrimoineFaibleRéelle, si le dessaisissement l'est
Le troisième terme

La fondation, souvent la bonne réponse.

On oppose société et trust comme si l'alternative était binaire. Elle ne l'est pas, et le troisième terme est fréquemment celui qui convient à une famille francophone.

La fondation mauricienne est une personne morale, dotée d'un patrimoine propre, mais dont l'objet est de servir des bénéficiaires. Elle combine donc la familiarité d'une entité juridique et l'effet de dessaisissement d'un trust.

Pour un constituant de tradition civiliste, elle est souvent plus lisible. Le trust suppose une dissociation de la propriété que le droit français ne connaît pas, et qui déroute autant les intéressés que leurs conseils habituels.

Notre guide dédié à l'arbitrage entre les deux traite cette comparaison en détail.

Le régime fiscal

Il ne tranche pas.

C'est une déception fréquente, et il vaut mieux l'annoncer.

Aucun de ces véhicules ne fait disparaître un impôt qui serait autrement dû. Le régime mauricien traite favorablement les revenus de capitaux, comme l'expose notre guide du patrimoine financier à Maurice, et il le fait indépendamment du véhicule retenu.

Ce qui diffère n'est pas le taux mais les obligations, la gouvernance, la transmission et la façon dont un tiers, banque ou administration étrangère, lira la structure.

Choisir sur le seul critère fiscal conduit donc à choisir sans critère, puisque ce critère ne distingue pas.

Comment nous tranchons

Quatre questions, dans cet ordre.

Voulez-vous conserver le contrôle ? Si oui, société. La suite ne se pose pas.

Cherchez-vous à protéger des actifs contre un risque futur ? Si oui, trust ou fondation, et le dessaisissement doit être réel.

Combien de bénéficiaires, et sur combien de générations ? Au-delà d'une génération et de plusieurs branches, la souplesse de l'acte de trust ou de fondation l'emporte sur celle des statuts.

Où vivent les personnes concernées ? Un bénéficiaire résidant dans un pays qui ignore le trust crée une difficulté que la fondation atténue souvent.

Ces quatre questions se posent avant toute discussion de véhicule, et elles suffisent à orienter la plupart des dossiers.

Ce qu'aucun des deux ne fait

Trois illusions à écarter.

Elles reviennent dans les conversations, et il vaut mieux les traiter avant qu'après.

Aucun des deux ne rend invisible. Le bénéficiaire effectif doit être identifié dans tous les cas, et les structures sans capital appellent même une identification élargie, portant sur le constituant, le trustee, le protecteur et les bénéficiaires. Une structure conçue pour la discrétion élargit le périmètre de l'identification au lieu de le réduire.

Aucun des deux n'efface une obligation du pays d'origine. L'article 123 bis en France, la taxe Caïman en Belgique, visent la détention par un résident d'une entité étrangère, et le second vise expressément les constructions juridiques sans personnalité morale. Le changement de véhicule ne change pas le résultat ; le changement de résidence, si.

Aucun des deux ne se rattrape après coup. Un dessaisissement organisé au moment où un risque se matérialise n'a pas la même portée qu'un dessaisissement ancien et désintéressé. Le temps est le principal ingrédient de ces structures, et c'est celui qu'on ne peut pas acheter.

Une combinaison fréquente

Les deux, pas l'un ou l'autre.

La fonction centrale de ce véhicule a sa fiche : notre entrée sur le trustee expose ce qu'il détient, ce qu'il doit et devant qui il répond.

Le montage le plus courant dans les dossiers structurés n'oppose pas les deux véhicules : il les superpose.

Une société détient le portefeuille et l'administre, avec la souplesse de gestion et la lisibilité qu'elle apporte auprès des banques et des intermédiaires. Les parts de cette société sont, elles, détenues par un trust ou par une fondation, qui organise la transmission et le dessaisissement.

Cette combinaison a un intérêt réel : chaque étage fait ce qu'il sait faire. Elle a aussi un coût, celui de deux structures à tenir, et une complexité que tout tiers examinera.

Elle ne se justifie donc qu'au-delà d'un certain niveau de patrimoine et de complexité familiale. En dessous, elle ajoute des obligations sans ajouter d'effet, et la simplicité vaut mieux.

Questions fréquentes

Trust ou société, vos questions.

Quelle est la différence de fond entre les deux ?

Une société est un propriétaire : elle détient les actifs en son nom, vous détenez ses parts, et la chaîne de propriété est continue. Un trust rompt cette chaîne : le constituant se dessaisit au profit du trustee, qui devient propriétaire juridique et administre au bénéfice des bénéficiaires désignés. Personne n'en est propriétaire au sens où l'entend un juriste de tradition civiliste.

Peut-on garder le contrôle dans un trust ?

Pas sans le vider de son sens. Un constituant qui conserve en fait le pouvoir de décider des placements, des distributions et de la révocation n'a pas transféré grand-chose, et la question se pose de savoir ce qu'une administration ou un juge en fera. Nommer un protecteur est légitime, mais lui retirer toute marge revient à recréer le problème sous un autre nom.

Lequel est fiscalement plus avantageux ?

Ni l'un ni l'autre, et c'est une déception fréquente. Aucun de ces véhicules ne fait disparaître un impôt qui serait autrement dû, et le régime mauricien traite favorablement les revenus de capitaux indépendamment du véhicule retenu. Ce qui diffère n'est pas le taux mais les obligations, la gouvernance, la transmission et la façon dont un tiers lira la structure.

La fondation est-elle une troisième voie ?

Souvent la bonne, pour une famille francophone. La fondation mauricienne est une personne morale dotée d'un patrimoine propre, dont l'objet est de servir des bénéficiaires : elle combine la familiarité d'une entité juridique et l'effet de dessaisissement d'un trust. Pour un constituant de tradition civiliste, elle est généralement plus lisible que le trust.

Peut-on combiner les deux ?

C'est le montage le plus courant dans les dossiers structurés. Une société détient et administre le portefeuille, avec sa souplesse et sa lisibilité auprès des banques ; ses parts sont détenues par un trust ou une fondation, qui organise la transmission. Chaque étage fait ce qu'il sait faire, mais cela suppose deux structures à tenir et ne se justifie qu'au-delà d'un certain niveau de complexité.

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Contrôle ou dessaisissement : la question se tranche avant l'acte.

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