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Maurice ou Dubaï pour votre société : le comparatif chiffré.

Maurice ou Dubaï, c'est aujourd'hui l'arbitrage le plus fréquent chez les entrepreneurs francophones, et le plus mal documenté. Les Emirats arabes unis ont institué un impôt sur les sociétés applicable aux exercices ouverts depuis le 1er juin 2023 : le fameux zéro pour cent n'existe plus, et l'exonération des free zones repose sur une liste fermée d'activités que presque personne ne lit. Voici les deux juridictions comparées sur neuf critères identiques, textes en main, au 16 août 2026.

Le match

Maurice ou Dubaï : les neuf critères en un tableau.

Les deux juridictions se ressemblent en surface : fuseau horaire identique, anglais des affaires, fiscalité présentée comme légère, chemin de résidence pour l'entrepreneur. Elles divergent dès qu'on lit les textes. Voici la grille complète, développée ensuite critère par critère.

CritèreMauriceEmirats arabes unis (Dubaï)
Impôt sur les sociétés15 % de droit commun ; 3 % sur la part du résultat attribuable à l'exportation de biens ; exemption partielle de 80 % ramenant le taux effectif à 3 % sur certains revenus étrangers, sous conditions de substance0 % jusqu'à 375 000 dirhams de résultat imposable et 9 % au-delà, pour les exercices ouverts depuis le 1er juin 2023 ; 0 % sur le seul revenu qualifiant d'une free zone éligible ; impôt complémentaire national de 15 % pour les groupes multinationaux depuis le 1er janvier 2025
Dividende versé à un associé non résidentaucune retenue à la source ; le dividende est un revenu exonéré chez l'actionnaireaucune retenue à la source, le taux étant fixé à 0 % par l'article 45 du décret-loi n° 47 de 2022
TVA15 %, immatriculation obligatoire dès 3 millions de roupies de ventes taxables depuis le 1er octobre 20255 % depuis 2018, immatriculation obligatoire dès 375 000 dirhams de ventes taxables, volontaire dès 187 500 dirhams
Substance exigéecondition des régimes de faveur : activités génératrices conduites sur place, personnel qualifié, dépense minimale ; au moins un administrateur résidentsubstance adéquate dans l'Etat, condition du statut de qualifying free zone person ; la déclaration de substance économique est supprimée pour les exercices clos après le 31 décembre 2022
Obligation d'auditdispense pour la small private company sous 100 millions de roupies de chiffre d'affaires, depuis le 2 août 2022états financiers audités obligatoires pour tout qualifying free zone person, et au-delà de 50 millions de dirhams de revenus
Convention fiscale avec la Franceconvention du 11 décembre 1980 ; crédit d'impôt forfaitaire de 25 % sur les dividendes ; clause de participation substantielle de 25 % au protocoleconvention du 19 juillet 1989 modifiée le 6 décembre 1993 ; dividende imposable dans le seul Etat de résidence du bénéficiaire, sans crédit ; article 19, paragraphe 2, qui ramène en France les revenus d'une entité contrôlée depuis la France
Titre de séjour par la voie sociétaireOccupation Permit investisseur, self-employed ou professional, jusqu'à dix ans, délivré à la personnevisa d'investisseur ou d'associé adossé à la licence de la société ; golden visa de dix ans sur critères d'investissement propres
Fuseau horaire et langue de travailUTC+4 sans heure d'été ; français et anglaisUTC+4 sans heure d'été ; arabe officiel, anglais des affaires
Accès bancaire réelplace bancaire régionale, comptes multidevises, dossier long mais aboutissant pour une activité réelleplace bancaire profonde, mais sélection sévère des sociétés de free zone sans activité locale ni bureau

Ce tableau ne désigne pas un vainqueur. Il montre que les deux juridictions ne répondent pas à la même question : Dubaï est une place de négoce et de siège régional, Maurice une juridiction conventionnée tournée vers la France et l'Afrique. La suite explique pourquoi cette différence commande le choix.

L'impôt

Le zéro pour cent émirien a une date de décès : juin 2023.

C'est le point où presque tous les contenus francophones sont périmés. Le décret-loi fédéral n° 47 de 2022 sur l'imposition des sociétés et des entreprises fixe, à son article 3, deux taux : 0 % sur la fraction du résultat imposable n'excédant pas le montant arrêté par le Cabinet, et 9 % au-delà. La décision du Cabinet n° 116 de 2022 a fixé ce montant à 375 000 dirhams. L'article 69 du même décret-loi énonce que le texte s'applique aux périodes d'imposition ouvertes à compter du 1er juin 2023.

Deux dispositifs s'y ajoutent, et ils vont en sens contraire. Le premier est le small business relief de la décision ministérielle n° 73 de 2023 : une société résidente dont les revenus n'excèdent pas 3 millions de dirhams peut être traitée comme n'ayant réalisé aucun résultat imposable. Ce régime est une fenêtre, pas un acquis : il cesse de s'appliquer aux périodes d'imposition closes après le 31 décembre 2026. Le second est l'impôt complémentaire national minimum de 15 %, institué par la décision du Cabinet n° 142 de 2024 pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2025, qui vise les groupes multinationaux dont le chiffre d'affaires consolidé atteint 750 millions d'euros. Il ne concerne pas l'entrepreneur individuel, mais il signe la fin du récit d'une juridiction hors impôt.

Face à cela, Maurice affiche 15 %, avec trois régimes qui s'y substituent selon l'activité : le taux de 3 % sur la part du résultat attribuable à l'exportation de biens, les régimes sectoriels, et l'exemption partielle de 80 % qui ramène le taux effectif à 3 % sur certains revenus de source étrangère. Le détail, conditions comprises, figure sur notre page dédiée à l'impôt sur les sociétés à l'île Maurice. L'écart de taux affiché entre 9 % et 15 % est donc réel, mais il ne survit pas à l'examen d'une activité concrète : un exportateur de biens est mieux traité à Maurice, un négociant de matières premières mieux traité en free zone.

La free zone

Qualifying free zone person : la liste fermée que personne ne lit.

Voici le cœur du sujet, et la raison pour laquelle tant de sociétés de free zone découvrent un impôt qu'elles n'attendaient pas. L'article 3, paragraphe 2, du décret-loi n° 47 de 2022 réserve le taux de 0 % au revenu qualifiant d'un qualifying free zone person, et impose à 9 % tout le reste. L'article 18 fixe les conditions cumulatives du statut : maintenir une substance adéquate dans l'Etat, tirer un revenu qualifiant, ne pas avoir opté pour l'imposition de droit commun, et respecter les articles 34 et 55, c'est-à-dire le principe de pleine concurrence et la documentation des prix de transfert.

Le contenu du revenu qualifiant est renvoyé à la décision du Cabinet n° 100 de 2023, prise le 25 octobre 2023 et applicable depuis le 1er juin 2023, complétée par la décision ministérielle n° 229 de 2025, signée le 28 août 2025, qui a abrogé la décision n° 265 de 2023. Cette dernière énumère les activités qualifiantes, et l'énumération est limitative : fabrication de biens, transformation de biens, négoce de matières premières cotées, détention de titres à des fins d'investissement, propriété et exploitation de navires, réassurance, gestion de fonds, gestion de patrimoine et de portefeuilles, services de siège rendus à des parties liées, trésorerie et financement au profit de parties liées ou pour compte propre, financement et location d'aéronefs, distribution de biens depuis une zone désignée, services logistiques, ainsi que les activités accessoires à celles-ci.

Lisez cette liste en pensant à votre activité. Le conseil, l'ingénierie, le marketing, l'édition de logiciels, l'agence, la formation, le commerce en ligne vers des particuliers n'y figurent pas. Pire : la même décision classe parmi les activités exclues « toute transaction avec des personnes physiques », sauf quatre exceptions étroites. Une société de free zone qui facture des consommateurs sort donc du régime par construction. Le mécanisme de tolérance existe, mais il est étroit : les revenus non qualifiants ne doivent pas dépasser 5 % du chiffre d'affaires total ou 5 millions de dirhams, le plus faible des deux. Au-delà, la sanction est lourde et rarement citée : la société cesse d'être qualifying free zone person dès le début de la période d'imposition concernée et pour les quatre périodes suivantes.

A Maurice, la logique est inverse. Il n'existe pas de liste d'activités éligibles : il existe des conditions de substance, appréciées revenu par revenu, exposées dans notre guide sur la substance et l'établissement stable. On peut échouer à les remplir, mais on ne se retrouve pas exclu d'un régime parce que son métier n'était pas prévu au catalogue.

Les dividendes

Ce que devient votre dividende, selon l'endroit où vous vivez.

Aucune des deux juridictions ne prélève de retenue à la source sur les dividendes sortants : Maurice n'en prévoit pas, et l'article 45 du décret-loi n° 47 de 2022 fixe le taux émirien à 0 %. La différence apparaît une étape plus loin, et elle dépend entièrement de votre propre résidence fiscale.

Prenons 100 de bénéfice avant impôt, intégralement distribué. Aux Emirats, hors free zone qualifiante et au-delà du seuil, l'impôt est de 9 % : il reste 91 de distribuable. A Maurice, au taux de droit commun, il reste 85. Cet écart de six points est le seul avantage émirien véritablement acquis, et il s'inverse dès que l'exemption partielle mauricienne joue.

Si l'associé s'est réellement installé sur place, l'histoire s'arrête là : les Emirats n'imposent pas le revenu des personnes physiques, et Maurice exonère le dividende chez l'actionnaire. Si l'associé reste résident fiscal de France, tout change. Le dividende supporte le prélèvement forfaitaire unique, porté à 31,4 % depuis le 1er janvier 2026, soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. Or la convention franco-mauricienne ouvre à son article 24 un crédit d'impôt forfaitaire de 25 % du montant brut, détaillé dans notre page sur le crédit d'impôt de 25 % sur les dividendes mauriciens. La convention France-Emirats n'ouvre rien de tel : son article 8, dans sa rédaction issue de l'avenant du 6 décembre 1993, attribue le dividende au seul Etat de résidence du bénéficiaire, si bien qu'il n'est pas imposable aux Emirats et n'ouvre donc aucun crédit au titre de l'article 19. Le dividende de Dubaï est imposé en France pour sa totalité.

La convention

France-Emirats : l'article 19 que les comparatifs ne citent jamais.

La convention du 19 juillet 1989, modifiée par l'avenant du 6 décembre 1993, est souvent présentée comme un atout de Dubaï. Elle l'est sur certains points : dividendes et revenus de créances attribués au seul Etat de résidence, plus-values mobilières imposables dans le seul Etat du cédant sauf pour les sociétés à prépondérance immobilière au-delà de 80 % d'actif immobilier, et définition très large du résident des Emirats, qui vise « toute personne qui est domiciliée, établie, ou a son siège de direction » sur place, sans exiger qu'elle y soit assujettie à l'impôt.

Mais son article 19, paragraphe 2, est d'une sévérité que l'on ne trouve dans aucune convention comparable. Lorsqu'une personne résidente ou établie aux Emirats est fiscalement domiciliée en France au sens du droit interne français, ou lorsqu'elle est une filiale contrôlée, directement ou indirectement, à plus de 50 % par une société dont le siège de direction est en France, ses revenus sont imposables en France nonobstant toute autre disposition de la convention. La seule échappatoire prévue par le texte concerne les personnes physiques citoyennes des Emirats. Autrement dit, la convention elle-même organise le retour en France du montage piloté depuis la France, sans qu'il soit besoin d'invoquer l'abus de droit.

S'y ajoute le droit interne français, commun aux deux destinations mais qui ne les frappe pas de la même façon. L'article 238 A du code général des impôts qualifie de privilégié le régime dans lequel l'impôt acquitté est inférieur d'au moins 40 % à l'impôt français correspondant, ce qui place le point de bascule à 15 % pour un impôt sur les sociétés français à 25 %. Une société émirienne imposée à 9 %, et a fortiori une free zone à 0 %, est franchement en deçà : les articles 123 bis et 209 B trouvent à s'appliquer, et les paiements qui lui sont adressés depuis la France voient leur déductibilité conditionnée à la preuve de leur réalité et de leur juste prix. Une société mauricienne imposée au taux plein de 15 % se tient exactement sur la ligne sans la franchir mécaniquement. Le raisonnement complet figure sur notre page consacrée aux idées reçues sur le paradis fiscal.

La conformité

TVA, audit, substance : trois obligations mal racontées.

La TVA est le poste où Dubaï garde un avantage net. Le taux émirien est de 5 % depuis 2018, l'immatriculation devient obligatoire à 375 000 dirhams de ventes taxables et reste ouverte à titre volontaire dès 187 500 dirhams. Maurice applique 15 %, avec un seuil abaissé à 3 millions de roupies de ventes taxables depuis le 1er octobre 2025, ainsi que le détaille notre page sur l'immatriculation à la TVA à Maurice. Pour une activité tournée vers le marché intérieur, l'écart de dix points se voit sur les prix. Pour un exportateur, il s'efface : dans les deux pays, l'exportation relève du taux zéro.

L'audit est le poste où le récit dominant est le plus faux. On présente volontiers Dubaï comme légère et Maurice comme lourde. C'est l'inverse pour une petite structure. A Maurice, la small private company est dispensée d'audit sous 100 millions de roupies de chiffre d'affaires depuis le 2 août 2022, seuil détaillé dans notre page sur l'audit obligatoire à l'île Maurice. Aux Emirats, la décision ministérielle n° 84 de 2025 impose des états financiers audités à tout qualifying free zone person, sans seuil de revenus, ainsi qu'à toute personne imposable dépassant 50 millions de dirhams de revenus. Une petite société de free zone qui veut le 0 % paie donc un audit que son homologue mauricienne ne doit pas.

Reste la substance, sur laquelle une information périmée circule massivement. Les déclarations de substance économique émiriennes, longtemps présentées comme une obligation annuelle incontournable, ont été supprimées pour les exercices clos après le 31 décembre 2022 par la décision du Cabinet n° 98 de 2024, annoncée par le ministère des Finances le 14 octobre 2024, avec remboursement des pénalités déjà acquittées au titre de ces exercices. Les exercices de 2019 à 2022 restent dans le champ. Cela ne signifie pas que la substance a disparu : elle a changé de véhicule et vit désormais dans la condition de substance adéquate de l'article 18, dont le contrôle relève de l'administration fiscale et non plus d'un régulateur séparé.

Le séjour

Résider à Dubaï ou à Maurice : deux portes, deux logiques.

A Maurice, le permis suit la personne. L'Occupation Permit, dans ses variantes investisseur, self-employed et professional, est délivré pour une durée pouvant atteindre dix ans, ouvre le permis dépendant pour la famille et débouche sur la résidence permanente. Le parcours complet est décrit sur notre page consacrée à l'Occupation Permit. La résidence fiscale mauricienne obéit ensuite à une règle de présence exposée dans notre page sur la règle des 183 jours.

Aux Emirats, le visa d'investisseur ou d'associé est adossé à la licence de la société : il vit et meurt avec elle, se renouvelle selon un rythme plus court et suppose examen médical et carte d'identité émirienne. La voie longue s'appelle golden visa, dix ans, et repose sur des critères d'investissement propres, notamment un bien immobilier ou un dépôt en fonds agréé d'au moins 2 millions de dirhams, la création ou la détention d'une société dotée d'un capital du même ordre, ou l'exploitation d'une entreprise acquittant au moins 250 000 dirhams d'impôt annuel auprès de l'administration fédérale. La résidence fiscale, elle, obéit à la décision du Cabinet n° 85 de 2022, applicable depuis le 1er mars 2023 : 183 jours de présence sur douze mois glissants, ou 90 jours pour un résident, un ressortissant émirien ou d'un pays du Golfe disposant d'un logement permanent ou exerçant une activité sur place, ou encore le fait d'y avoir sa résidence habituelle et le centre de ses intérêts financiers et personnels. Le versant familial de cet arbitrage, logement, santé, école française et liaisons aériennes, est traité à part dans notre comparatif Maurice ou Dubaï pour s'installer.

Le quotidien

Fuseau, langue, banque : ce qui se voit au bout de six mois.

Les deux pays sont à UTC+4 et n'appliquent pas d'heure d'été : depuis Paris, l'écart est de trois heures en hiver et de deux heures en été, dans les deux cas. Aucun des deux ne vous oblige à travailler la nuit avec l'Europe, et les deux sont mal placés pour les Amériques.

La langue sépare davantage. A Maurice, le français est la langue des affaires courantes et de la relation client francophone, l'anglais celle des textes, des statuts et de l'administration : un dirigeant français y travaille sans interface. Aux Emirats, l'arabe est la langue officielle, l'anglais la langue de fait des affaires, et le français n'a aucun statut. Ce n'est pas un obstacle, mais c'est une charge de traduction permanente pour un cabinet, un contrat, une procédure.

L'accès bancaire est le critère qui départage le plus brutalement, et pas dans le sens attendu. Dubaï dispose d'une place bancaire profonde, mais les banques y ont durci leurs critères pour les sociétés de free zone détenues par des non-résidents, sans bureau physique ni activité locale : refus fréquents, délais longs, clôtures en cours de relation lorsque les flux ne correspondent pas au dossier présenté. Maurice ouvre des comptes multidevises à des structures locales comme à des sociétés détenues par des non-résidents, moyennant un dossier exigeant et des semaines de traitement. Dans les deux cas, ce qui décide n'est pas le pays mais la qualité du dossier : nos pages sur le compte bancaire professionnel et sur le dossier KYC d'une banque mauricienne en donnent la mécanique.

Le verdict

Qui doit choisir Dubaï, et qui doit choisir Maurice.

Dubaï l'emporte pour le négoce physique de matières premières, la distribution depuis une zone désignée, la logistique, la réassurance, la gestion de fonds et les services de siège d'un groupe régional : ce sont précisément les activités inscrites dans la liste qualifiante, et elles y trouvent une place bancaire, un port, un aéroport et un écosystème que Maurice n'égale pas. Il l'emporte aussi pour qui vise les marchés du Golfe et de l'Asie du Sud, où sa position et ses liaisons aériennes sont sans équivalent.

Maurice l'emporte pour le conseil, les services professionnels, l'édition de logiciels, l'externalisation, les activités tournées vers la France, la francophonie et l'Afrique de l'Est. Trois raisons, dans cet ordre. La liste émirienne des activités qualifiantes ne couvre aucune de ces activités, ce qui ramène leur imposition à 9 % sans avantage bancaire compensatoire. La convention de 1980 apporte au dividende un crédit d'impôt que la convention de 1989 n'apporte pas. Et l'article 19, paragraphe 2, de cette dernière offre à l'administration française un levier direct que la convention mauricienne ne lui donne pas.

Aucune des deux n'est le bon choix si votre direction effective reste en France, si votre clientèle et vos moyens d'exploitation y demeurent, et si la société étrangère n'est qu'une adresse de facturation. A 9 % comme à 3 % effectifs, la structure tombe dans le champ de l'article 238 A, et le dossier se joue sur ce que vous pouvez démontrer sur place, non sur l'en-tête de vos factures. C'est aussi vrai à Grand Baie qu'à la Jumeirah Lake Towers, et c'est la seule chose que les deux juridictions ont vraiment en commun.

Questions fréquentes

Maurice ou Dubaï, vos questions.

Dubaï est-il encore à zéro pour cent d'impôt sur les sociétés ?

Non. Le décret-loi fédéral n° 47 de 2022 impose les sociétés à 9 % au-delà d'un seuil de résultat imposable fixé à 375 000 dirhams par la décision du Cabinet n° 116 de 2022, et son article 69 l'applique aux exercices ouverts à compter du 1er juin 2023. En dessous du seuil, le taux est de 0 %. Le régime de faveur des free zones subsiste, mais il n'est pas automatique : il suppose de tomber dans une liste fermée d'activités qualifiantes et d'y rester.

Une société de conseil en free zone bénéficie-t-elle du taux de 0 % ?

En règle générale, non. La décision ministérielle n° 229 de 2025 énumère limitativement les activités qualifiantes : industrie, transformation, négoce de matières premières cotées, détention de titres, navires, réassurance, gestion de fonds, gestion de patrimoine, services de siège et de trésorerie à des parties liées, aéronefs, distribution depuis une zone désignée et logistique. Le conseil, le marketing, l'édition de logiciels et la prestation de services à des personnes physiques n'y figurent pas. Le revenu correspondant est imposé à 9 %.

La convention fiscale France-Emirats protège-t-elle mieux que la convention France-Maurice ?

Sur les dividendes, non, et c'est contre-intuitif. La convention du 19 juillet 1989 attribue le dividende au seul Etat de résidence du bénéficiaire, sans crédit d'impôt : un résident de France qui perçoit un dividende émirien est imposé en France sur la totalité. La convention franco-mauricienne de 1980 ouvre au contraire, à son article 24, un crédit d'impôt forfaitaire de 25 % du montant brut, sans condition d'imposition effective sur place.

Qu'est-ce que l'article 19 de la convention France-Emirats change pour un dirigeant français ?

Beaucoup. Son paragraphe 2 rend imposables en France, nonobstant toute autre disposition de la convention, les revenus d'une personne résidente ou établie aux Emirats lorsqu'elle est fiscalement domiciliée en France au sens du droit interne français, ou lorsqu'elle est une filiale contrôlée à plus de 50 % par une société dont le siège de direction est en France. La seule exception vise les personnes physiques citoyennes des Emirats. Aucune clause équivalente ne figure dans la convention franco-mauricienne.

Faut-il encore déposer une déclaration de substance économique aux Emirats ?

Non, et l'information circule mal. La décision du Cabinet n° 98 de 2024, annoncée par le ministère des Finances le 14 octobre 2024, a supprimé les notifications et rapports de substance économique pour les exercices clos après le 31 décembre 2022, et prévu le remboursement des pénalités correspondantes. Les exercices de 2019 à 2022 restent concernés. La substance n'a pas disparu pour autant : elle est devenue une condition du statut de qualifying free zone person.

Peut-on obtenir un titre de séjour émirien par sa société, comme l'Occupation Permit mauricien ?

Oui, mais la logique diffère. Le visa d'investisseur ou d'associé est adossé à la licence de la société et se renouvelle avec elle ; le golden visa de dix ans s'obtient sur des critères d'investissement propres, notamment un bien immobilier ou un dépôt en fonds d'au moins 2 millions de dirhams, un capital de société du même ordre, ou une entreprise acquittant au moins 250 000 dirhams d'impôt annuel. A Maurice, l'Occupation Permit est délivré à la personne et couvre jusqu'à dix ans.

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