La pension de vieillesse mauricienne, et ce qu'un Français peut en attendre.
Le système de retraite mauricien est presque absent du contenu francophone, alors que tout expatrié finit par poser la question : est-ce que je cotise, et pour quoi. La réponse tient en trois étages, une pension universelle financée par l'impôt, un étage contributif en pleine refonte et un fonds d'épargne, et elle est en train de changer profondément : la pension de base devient une prestation sous condition de ressources au 1er janvier 2027, avec une exigence de résidence que très peu de Français installés tardivement pourront remplir. Voici le cadre, textes en main, en août 2026.
Le système mauricien tient en trois étages.
Maurice n'a pas une retraite, elle en a trois, et elles n'obéissent pas à la même logique. Voici la carte, vérifiée en août 2026 auprès de la Social Security Division, de la Mauritius Revenue Authority et des textes de finances.
| Etage | Nature | Age d'ouverture | Financement |
|---|---|---|---|
| Basic Retirement Pension, future State Age Pension | prestation universelle, non contributive | 60 ans, relevé progressivement vers 65 ans | budget de l'Etat |
| Pension contributive du National Pensions Fund | points acquis jusqu'au 31 août 2020 | 60 ans | anciennes cotisations NPF |
| Retirement benefit de la contribution sociale | prestation forfaitaire | 65 ans | contribution sociale, budget de l'Etat |
| National Savings Fund | capital versé en une fois | départ à la retraite | cotisation salarié et employeur |
Une remarque avant d'entrer dans le détail : le mot « cotisation » induit en erreur ici. Depuis 2020, la contribution sociale mauricienne n'alimente aucun compte individuel. L'article 3(3) du Social Contribution and Social Benefits Act 2021 la verse au Consolidated Fund, c'est-à-dire au budget de l'Etat. Ce que vous versez ne détermine pas ce que vous percevrez, et cette rupture avec la logique française explique la plupart des malentendus.
La Basic Retirement Pension, la pension que tout le monde touchait.
Le premier étage est le seul qui compte vraiment dans le budget d'un ménage mauricien. Prévue par le National Pensions Act de 1976, la Basic Retirement Pension est universelle : elle ne dépend ni des cotisations versées, ni du parcours professionnel, ni du niveau de revenu. Elle s'élève à Rs 15 555 par mois depuis janvier 2026 pour les bénéficiaires de 60 à 89 ans, puis à Rs 23 550 de 90 à 99 ans et à Rs 28 735 au-delà de 100 ans, montants publiés par la Social Security Division.
La condition n'est pas une carrière, c'est une durée de présence. Un citoyen mauricien de moins de 70 ans doit avoir résidé sur l'île pendant douze années au total depuis son dix-huitième anniversaire, condition levée à partir de 70 ans. Un non-citoyen relève d'une exigence bien plus lourde : quinze années de résidence au total depuis son quarantième anniversaire, dont trois années immédiatement avant sa demande.
L'âge, lui, a bougé. L'article 39 du Finance Act 2025, entré en vigueur le 8 août 2025, a introduit une notion d'âge de pension et l'a relevé progressivement de 60 à 65 ans sur dix ans. Les personnes nées avant le 1er septembre 1965 conservent l'ouverture à 60 ans. La première cohorte touchée, née entre septembre 1965 et août 1966, ouvre son droit à 61 ans en septembre 2026, et l'âge de 65 ans s'applique aux générations nées à compter de septembre 1969, soit à partir de septembre 2034. La mesure a déclenché des recours constitutionnels devant la Cour suprême, ce qui, à Maurice comme ailleurs, n'a pas suspendu son application.
Un dispositif de transition accompagne la réforme : la partie XIIG de l'Income Tax Act prévoit un soutien de revenu mensuel, administré par la Mauritius Revenue Authority, pour les personnes de 60 ans et plus qui n'ont pas encore atteint l'âge de pension et dont les ressources restent sous un seuil modeste. Il s'adresse aux ménages mauriciens à faibles revenus, pas aux retraités étrangers.
De la pension universelle à la State Age Pension.
C'est le point que le contenu francophone ignore entièrement, et il change la nature même de la prestation.
Le budget 2026-2027, présenté le 19 juin 2026 et transposé par les deux lois de finances promulguées le 12 août 2026, remplace la Basic Retirement Pension par une State Age Pension à compter du 1er janvier 2027. Trois nouveautés en découlent.
La pension devient une prestation sous condition de ressources. L'universalité cesse. Selon le dispositif annoncé, la pension reste entière jusqu'à un niveau de revenu mensuel de l'ordre de Rs 14 000, puis se réduit de cinquante centimes par roupie de revenu supplémentaire, avec un plancher maintenu jusqu'à Rs 50 000 de revenu mensuel. Un second test s'applique aux couples, la réduction combinée étant plafonnée.
L'âge redevient un choix, contre décote ou majoration. La sortie est rouverte dès 60 ans, avec une minoration actuarielle de 0,5 % par mois d'anticipation, et un report au-delà de 65 ans donne lieu à une majoration mensuelle. Le choix est présenté comme irrévocable, ce qui en fait une décision à instruire et non une case à cocher.
La condition de résidence se durcit et devient générale. Quinze années de résidence à Maurice depuis le quarantième anniversaire, dont trois années précédant la demande, condition applicable à compter du 1er janvier 2027.
Deux précautions de lecture s'imposent, et nous les assumons. D'abord, les pages publiques de la Social Security Division affichaient encore, en août 2026, les conditions antérieures : elles ne font plus foi à elles seules. Ensuite, les montants chiffrés qui circulent pour les sorties à 60, 65 et 70 ans proviennent des annonces budgétaires de juin 2026 et non d'un barème réglementaire publié : nous les vérifions au texte avant de les opposer à un dossier.
Un Français installé à Maurice y a-t-il droit ?
La question est posée à chaque premier rendez-vous, et la réponse mérite d'être donnée sans détour : pratiquement jamais.
Faites l'arithmétique. La condition de quinze années de résidence depuis le quarantième anniversaire signifie qu'un Français arrivé à 50 ans remplit cette durée à 65 ans, et qu'un Français arrivé à 60 ans, cas le plus fréquent chez les titulaires du permis retraité, ne la remplirait qu'à 75 ans. Ajoutez-y les trois années de résidence précédant immédiatement la demande, qui excluent les installations à mi-temps entre deux pays, puis la condition de ressources applicable à compter de 2027 : une pension française ordinaire suffit à faire tomber la prestation à son plancher, quand elle ne l'annule pas.
La naturalisation ne raccourcit pas le chemin autant qu'on l'imagine, puisque la condition de citoyen porte sur douze années de résidence depuis dix-huit ans, hypothèse plus favorable mais inatteignable pour un expatrié tardif. Les conditions d'accès à la nationalité elles-mêmes sont traitées dans notre page sur la citoyenneté mauricienne.
Conclusion pratique, et elle vaut mieux qu'un espoir : un projet de retraite à Maurice se construit sur les pensions françaises et sur le patrimoine, jamais sur une prestation locale. C'est d'ailleurs cohérent avec la logique du permis retraité, qui exige la preuve de transferts entrants et non l'inverse.
Du National Pensions Fund à la contribution sociale.
Le deuxième étage a changé de nature en 2020, et il faut connaître les deux périodes.
Jusqu'au 31 août 2020, le secteur privé cotisait au National Pensions Fund, à 3 % pour le salarié et 6 % pour l'employeur sur un salaire plafonné. Ces cotisations achetaient des points, et ces points ouvrent encore aujourd'hui une pension contributive proportionnelle à l'effort de chacun, servie à partir de 60 ans. Les droits acquis avant cette date restent donc vivants.
Depuis le 1er septembre 2020, la contribution sociale généralisée a pris le relais. Ses taux sont de 1,5 % pour le salarié et 3 % pour l'employeur jusqu'à Rs 50 000 de rémunération mensuelle, puis de 3 % et 6 % au-delà, sur la totalité de la rémunération et non sur le seul excédent. Le détail de l'assiette, du palier et des cas particuliers figure dans notre fiche sur la CSG mauricienne.
Ce que cette contribution ouvre est plus modeste que son nom ne le suggère. Le retirement benefit est servi à partir de 65 ans, à hauteur de Rs 1 000 par mois entre 65 et 74 ans et de Rs 2 500 ensuite, majoré d'un treizième mois. Un citoyen y accède après douze années de résidence depuis ses dix-huit ans. Un non-citoyen doit remplir la même condition de résidence et, en plus, avoir contribué pendant au moins la moitié des années écoulées depuis le 1er septembre 2020 ; s'il quitte l'île plus de six mois consécutifs sur une période de douze, il doit choisir entre différer sa prestation jusqu'à son retour et percevoir un capital minoré.
Reste le troisième étage, plus discret : le National Savings Fund, alimenté par une cotisation salarié et employeur, qui se dénoue en capital au moment de la retraite. Ses taux et son plafond sont détaillés dans notre fiche sur le NSF à Maurice, et l'ensemble des lignes du bulletin dans notre page sur les cotisations sociales à l'île Maurice.
Un Français installé à Maurice cotise-t-il, et pour quoi ?
C'est la question que pose tout client, et elle appelle une réponse en deux temps.
Qui cotise. La loi de 2021 raisonne par qualité de participant, et elle vise expressément le salarié non citoyen. Un Français employé par une société mauricienne et résident au sens de l'article 73(1)(a) de l'Income Tax Act contribue donc comme n'importe quel salarié local, et son employeur avec lui. Le travailleur indépendant contribue également, sur son revenu net. Cinq exclusions ferment le champ : le salarié non citoyen non résident, le salarié non citoyen d'une entreprise franche présent depuis moins de deux années continues, le non-citoyen titulaire d'un permis de travail employé par un contractant étranger sur un projet financé pour moitié au moins par un Etat étranger, le titulaire d'un premium visa, et l'administrateur non exécutif d'une société.
Qui ne cotise pas. Un retraité dont les revenus se limitent à une pension étrangère, à des loyers ou à des dividendes n'entre pas dans l'assiette : la contribution vise des revenus d'activité. C'est cohérent avec le permis retraité, qui exclut l'emploi salarié.
Pour quoi. Il faut le dire nettement : pour très peu. Le retirement benefit exige douze années de résidence et une contribution sur au moins la moitié de la période écoulée depuis septembre 2020, et son montant reste forfaitaire. Un cadre français qui travaille cinq ans à Maurice entre 50 et 55 ans contribuera, puis quittera l'île sans rien percevoir. C'est un prélèvement, pas une épargne, et le raisonnement français d'un droit proportionnel aux versements ne s'applique pas. C'est aussi pourquoi la question de continuer à alimenter une retraite française, traitée dans notre page sur la façon de cotiser pour sa retraite depuis Maurice, se pose avec d'autant plus d'acuité.
Le National Pension and Provident Fund, au 1er juillet 2027.
La dernière brique est celle qui changera le plus la donne pour les salariés, et elle n'est pas encore entrée en vigueur.
Le budget 2026-2027 annonce le remplacement du National Pensions Fund par un National Pension and Provident Fund à compter du 1er juillet 2027, avec un retour à des comptes individuels d'épargne retraite. Les taux annoncés sont sans commune mesure avec ceux de la contribution sociale actuelle : de l'ordre de 7,5 % à la charge de l'employeur et 1,5 % à la charge du salarié jusqu'à Rs 50 000 de rémunération mensuelle, puis 10,5 % et 3 % au-delà, dans une limite haute portée à Rs 225 000. Les pensions déjà servies au titre de l'ancien fonds ont vocation à se poursuivre inchangées.
Trois conséquences se dessinent, et nous les présentons comme telles, sans les tenir pour acquises tant que les textes d'application ne sont pas publiés. Le coût employeur d'un salarié mauricien va augmenter, ce qui intéresse toute société française qui emploie sur l'île. La retraite mauricienne redevient partiellement capitalisée, donc individualisable, ce qui rapproche le raisonnement de celui d'un régime supplémentaire d'entreprise. Et le sort des non-citoyens dans ce nouveau fonds, en particulier la portabilité des sommes en cas de départ de l'île, est la question qu'il faudra suivre de près : c'est exactement là que se sont logés, dans le régime actuel, les mécanismes de report et de capital minoré.
Pour un lecteur français, la synthèse tient en une phrase. Le régime mauricien est en refonte complète, il ne vous doit presque rien tant que vous n'avez pas quinze ans de présence derrière vous, et la seule variable que vous pilotez réellement est le sort de vos droits français. Le partage de l'impôt sur les pensions, qui obéit à une logique encore différente, est traité dans notre guide sur l'imposition des pensions entre la France et Maurice.
La retraite mauricienne, vos questions.
Un étranger résidant à Maurice a-t-il droit à la pension de vieillesse mauricienne ?
En théorie oui, en pratique presque jamais. La Social Security Division ouvre la pension de base au non-citoyen qui a résidé à Maurice au moins quinze années au total depuis son quarantième anniversaire, dont trois années immédiatement avant sa demande. Un Français qui s'installe à soixante ans atteindrait donc cette ancienneté à soixante-quinze ans. A compter du 1er janvier 2027, s'y ajoute une condition de ressources qui écarte la quasi-totalité des retraités percevant une pension européenne. La règle est donc claire : ce n'est pas une ressource sur laquelle bâtir un projet.
A quel âge la pension de base mauricienne est-elle versée ?
A soixante ans pour les personnes nées avant le 1er septembre 1965. Au-delà, le Finance Act 2025 a relevé progressivement cet âge de soixante à soixante-cinq ans sur dix ans : la première cohorte concernée, née entre septembre 1965 et août 1966, ouvre son droit à soixante et un ans en septembre 2026, et l'âge de soixante-cinq ans s'applique aux personnes nées à compter de septembre 1969. La réforme a été contestée devant la Cour suprême, puis remaniée par le budget 2026-2027, qui rouvre une sortie dès soixante ans, minorée.
La CSG mauricienne ouvre-t-elle une vraie retraite ?
Non, elle ouvre un complément forfaitaire. Le retirement benefit est servi à partir de soixante-cinq ans, à hauteur de Rs 1 000 par mois entre soixante-cinq et soixante-quatorze ans et Rs 2 500 ensuite, majoré d'un treizième mois. La contribution n'est pas capitalisée sur un compte individuel : elle est versée au Consolidated Fund, le budget de l'Etat. Le montant que vous verserez ne détermine donc pas le montant que vous percevrez, contrairement à l'ancien National Pensions Fund, qui fonctionnait par points jusqu'en août 2020.
Un Français salarié à Maurice cotise-t-il à la contribution sociale mauricienne ?
Oui, dès lors qu'il est résident au sens de l'article 73(1)(a) de l'Income Tax Act. Le salarié non citoyen est expressément visé par la loi de 2021, avec cinq exclusions : le non-citoyen non résident, le salarié d'une entreprise franche présent depuis moins de deux ans, le non-citoyen employé par un contractant étranger sur un projet financé pour moitié par un Etat étranger, le titulaire d'un premium visa et l'administrateur non exécutif. Un retraité qui ne perçoit que des revenus passifs, pension comprise, n'est pas dans le champ.
Un titulaire de permis retraité cotise-t-il à Maurice ?
Non, pas au titre de sa pension. La contribution sociale mauricienne vise les salariés et les indépendants, c'est-à-dire des revenus d'activité. Une pension étrangère, des loyers ou des dividendes ne sont pas des revenus d'activité et n'entrent pas dans son assiette. Le permis retraité interdisant par ailleurs l'emploi salarié, son titulaire se trouve normalement hors du champ. Cela ne le dispense évidemment pas de l'impôt sur le revenu mauricien, qui suit ses propres règles et son propre calendrier.
Que devient le National Pensions Fund ?
Ses cotisations ont cessé au 31 août 2020, remplacées par la contribution sociale. Les points accumulés jusqu'à cette date restent acquis et continuent d'ouvrir une pension contributive servie par la sécurité sociale mauricienne. Le budget 2026-2027 va plus loin : à compter du 1er juillet 2027, un National Pension and Provident Fund doit prendre le relais, avec des comptes individuels d'épargne retraite et des taux de cotisation nettement supérieurs à ceux de la contribution sociale actuelle. Le calendrier et les textes d'application se vérifient avant toute projection.
Faut-il être citoyen mauricien pour toucher ces prestations ?
Pas formellement, mais la citoyenneté change tout en pratique. La pension de base et le complément contributif comportent, pour les non-citoyens, des conditions de résidence et de contribution nettement plus longues, et le complément CSG exige d'avoir cotisé au moins la moitié des années écoulées depuis le 1er septembre 2020. Un non-citoyen qui quitte Maurice plus de six mois consécutifs sur douze doit en outre choisir entre le report de sa prestation et un versement en capital minoré.
La suite, naturellement.
Cotiser pour sa retraite depuis Maurice
Assurance volontaire, rachat de trimestres et carrière partagée entre deux pays sans convention.
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