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Transférer son entreprise à l'île Maurice, et ce que ce verbe recouvre vraiment.

Transférer son entreprise à l'île Maurice désigne, dans la bouche des dirigeants, trois opérations qui n'ont ni le même régime, ni le même risque, ni le même coût fiscal. Déplacer une activité n'est pas déplacer un siège, et créer une société mauricienne à côté de la française n'est pas un transfert. Cette page pose d'abord la distinction, puis déroule les voies réellement praticables et ce que chacune laisse derrière elle.

Le mot

Transférer son entreprise à l'île Maurice recouvre trois opérations.

Personne ne pose la distinction, et c'est pourtant elle qui commande tout le dossier. Quand un dirigeant dit qu'il veut transférer son entreprise à l'île Maurice, il désigne en réalité l'une de ces trois choses, parfois deux à la fois, rarement en le sachant.

Transférer le siège, c'est déplacer la société elle-même : même personne morale, autre pays. C'est une opération de droit des sociétés avant d'être une opération fiscale, et c'est celle qui est presque toujours impraticable vers Maurice.

Transférer l'activité, c'est déplacer une exploitation : une clientèle, des contrats, des moyens, parfois des salariés. Ce qui bouge, ce sont des actifs, et un actif qui sort d'un bilan se vend, se valorise et s'impose.

Créer une société à Maurice, c'est ouvrir une seconde structure à côté de la première. Ce n'est pas un transfert, c'est une implantation : elle ne fait sortir de France que ce qu'elle exerce réellement, avec ses propres moyens et ses propres décisions.

Confondre ces trois opérations produit les dossiers les plus fragiles que nous reprenons : une société mauricienne créée, une facturation redirigée, et une société française laissée en l'état, sans que rien n'ait été formalisé nulle part.

Les voies

Ce que chaque solution produit réellement.

La voieCe qu'elle faitCe qu'elle déclenche côté françaisCe qu'elle suppose côté mauricien
Transfert du siège, personnalité juridique maintenueDéplace la société elle-mêmeCessation d'entreprise, 2 de l'article 221 du CGI, sauf convention spéciale de l'article L. 225-97Une continuation admise par le Registrar, sections 296 à 300 du Companies Act 2001
Transfert de l'activitéVend ou apporte clientèle, contrats et actifsImposition des plus-values, contrôle du prix au titre de l'article 57 du CGIUne société capable de reprendre l'activité, avec ses moyens propres
Création d'une société mauricienneAjoute une structure, ne déplace rien par elle-mêmeEtablissement stable si la direction ou l'exécution restent en FranceUne substance réelle, une répartition des fonctions défendable
Ouverture d'une succursaleProlonge la société française à MauriceAucune sortie de la matière imposable française par principeUne immatriculation locale
Cession puis départSolde l'affaire françaiseRégime de la plus-value selon la résidence au jour de l'acteRien, tant que le produit n'est pas réinvesti

Aucune de ces lignes n'est meilleure que les autres dans l'absolu. Elles répondent à des situations différentes, et le choix se fait après l'inventaire de ce qui reste attaché à la France : une clientèle locale, un bail, un agrément, un salarié, un contrat public. C'est la première question que nous posons à qui veut transférer son entreprise à l'île Maurice.

Le siège

Pourquoi le transfert de siège vers Maurice est, en pratique, fermé.

C'est le seul point sur lequel la réponse est nette. Le droit français ne connaît pas de mécanisme général permettant à une SARL ou à une société par actions de changer de nationalité vers un Etat tiers en conservant sa personnalité juridique. L'article L. 225-97 du code de commerce autorise l'assemblée générale extraordinaire à changer la nationalité de la société à la condition que le pays d'accueil ait conclu avec la France une convention spéciale permettant d'y transférer le siège en conservant la personnalité juridique. Aucune convention de ce type ne vise Maurice à notre connaissance au 14 août 2026. Pour une SARL, l'article L. 223-30 exige au surplus l'unanimité des associés.

Le droit fiscal boucle la démonstration. Le 2 de l'article 221 du code général des impôts, en vigueur au 14 août 2026, assimile à une cessation d'entreprise le transfert du siège ou d'un établissement dans un Etat étranger autre qu'un Etat de l'Union européenne ou de l'Espace économique européen lié à la France par une convention d'assistance mutuelle au recouvrement de portée similaire à la directive 2010/24/UE. La doctrine administrative ne reconnaît, hors Union, que l'Islande et la Norvège. Le même texte prévoit bien une exception pour le changement de nationalité décidé dans les conditions de l'article L. 225-97, mais elle renvoie à la convention spéciale qui n'existe pas.

Cessation d'entreprise signifie imposition immédiate des bénéfices non encore taxés et des plus-values latentes sur l'ensemble de l'actif, déclarations à déposer dans les délais courts de l'article 201 du même code, et traitement du solde comme une distribution pour les associés. C'est exactement le contraire de ce que cherche celui qui veut déplacer sa société.

Côté mauricien, la porte est pourtant ouverte, ce qui entretient la confusion. Les sections 296 à 300 du Companies Act 2001 organisent la registration and continuation d'une société constituée à l'étranger comme société mauricienne, sans création d'une personne morale nouvelle. Mais la section 297 pose une condition dirimante : la société doit être autorisée à transférer son immatriculation par la loi du pays où elle est constituée. Le verrou n'est donc pas à Port-Louis, il est à Paris.

L'activité

Transférer l'exploitation, c'est transférer des actifs.

Une fois la voie du siège écartée, il reste la seule opération réellement praticable : faire passer l'exploitation d'une entité à une autre. Ce n'est pas un déménagement, c'est une cession ou un apport.

Ce qui se transfère est rarement un bien unique. Il y a le fonds ou la clientèle, les contrats en cours, les marques et les noms de domaine, les licences logicielles, les stocks, parfois un savoir-faire non protégé. Chacun a une valeur, et cette valeur sort du bilan français : la plus-value dégagée entre dans le résultat de la société cédante, et l'opération se documente comme n'importe quelle transmission, par un inventaire, une méthode de valorisation et un acte écrit.

Deux règles encadrent le prix, et elles sont sévères, le sujet étant traité en détail dans notre page sur les prix de transfert entre la France et Maurice. Deux questions suivent presque toujours : comment facturer des clients français depuis Maurice, et comment se rémunérer en dirigeant une société mauricienne. L'article 57 du code général des impôts permet à l'administration de réintégrer les bénéfices indirectement transférés à une entreprise liée établie hors de France, dès lors que le prix pratiqué s'écarte de celui qui aurait été retenu entre entreprises indépendantes. L'article 238 A conditionne la déduction des sommes versées à une entité soumise à un régime fiscal privilégié à la preuve, apportée par le payeur, que la dépense correspond à des opérations réelles et n'est pas exagérée.

Concrètement, un transfert d'activité vers Maurice se prépare avec un dossier de valorisation contemporain de l'opération, capable d'expliquer pourquoi la clientèle vaut ce prix et ce que chaque entité apporte à la chaîne de valeur. Reconstitué deux ans après, il ne convainc personne.

Deux dispositifs visent enfin l'actionnaire plutôt que l'entreprise. L'article 209 B permet d'imposer en France les bénéfices d'une entité étrangère soumise à un régime fiscal privilégié détenue à plus de 50 % par une société française ; l'article 123 bis fait de même pour une personne physique résidente détenant au moins 10 % d'une entité étrangère à prépondérance financière. Une coquille passive est leur cible naturelle, pas une société opérationnelle.

Ce qui reste

Dissoudre, mettre en sommeil, ou conserver la société française.

Le sort de la structure d'origine se traite en dernier, alors qu'il conditionne le calendrier. Trois voies, et aucune n'est neutre.

La dissolution solde définitivement l'affaire : liquidation de l'actif, apurement du passif, déclarations de cessation, boni de liquidation traité comme une distribution. La solution la plus propre quand il ne reste rien à exploiter en France, la plus coûteuse quand il subsiste des plus-values latentes.

La mise en sommeil suspend l'activité sans supprimer la société, et préserve l'outil le temps de vérifier que le projet mauricien tient. Son défaut est régulièrement oublié : les obligations comptables et déclaratives subsistent, comptes annuels compris, et une société en sommeil qui continue d'encaisser n'est pas en sommeil.

Le maintien en activité s'impose quand une clientèle, un bail commercial, un agrément ou un contrat public ne se déplacent pas. Décision légitime, à condition d'en assumer les suites : la société reste française, imposable sur ce qu'elle y exploite, et sa gouvernance doit être organisée en conséquence.

Le risque

L'établissement stable, quand la direction ne suit pas.

C'est le point de rupture de la plupart des montages que nous reprenons : une société mauricienne existe sur le papier, mais les décisions se prennent toujours dans le même bureau français, le commercial y négocie, et les prestations y sont exécutées.

Le paragraphe 2 de l'article 5 de la convention de 1980 cite expressément un siège de direction parmi les exemples d'établissement stable, et l'article 7 permet à l'Etat où il se situe d'imposer les bénéfices qui lui sont imputables. Côté français, l'article 209, I du code général des impôts raisonne en exploitation et non en résidence : les bénéfices des entreprises exploitées en France y sont imposables, quels que soient le siège et la nationalité de la société.

Le raisonnement symétrique, celui de la société française dont la direction effective part à Maurice, obéit au même critère. Nous le traitons dans notre page sur diriger une société française depuis Maurice. La règle commune : c'est le lieu où les décisions sont réellement prises, et non l'adresse déclarée, qui fait foi dans les deux sens.

La substance

Ce qu'il faut construire à Maurice pour que l'ensemble tienne.

La substance n'est pas une case à cocher, c'est un faisceau que deux administrations lisent. Cinq chantiers, dans cet ordre.

  • Les organes de décision. Un conseil convoqué, tenu et documenté à Maurice, avec des décisions réellement débattues et des procès-verbaux mentionnant le lieu et les participants.
  • Les moyens. Locaux, personnel, équipements proportionnés à l'activité annoncée. Une société qui facture de l'ingénierie sans ingénieur sur place a un problème de récit avant d'avoir un problème fiscal.
  • La comptabilité et les déclarations locales, cohérentes avec les flux facturés. C'est le socle décrit dans notre page créer et gérer sa société à l'île Maurice.
  • Les contrats intragroupe. Prestations écrites, prix défendables, répartition des fonctions que les deux administrations puissent lire de la même façon.
  • La cohérence des discours. Soutenir devant la Mauritius Revenue Authority que la valeur se crée à Maurice, et devant l'administration française que la structure n'est qu'un support administratif, revient à préparer soi-même le dossier adverse.
Les hommes

Salariés et contrats ne se transfèrent pas par décision.

Le transfert d'une entité économique autonome, qui fait passer les contrats de travail au repreneur, joue à l'intérieur d'un même ordre juridique. Une activité déplacée vers Maurice ne l'emporte pas avec elle : côté français, les contrats existants se traitent selon le droit du travail français ; côté mauricien, les postes créés relèvent du Workers' Rights Act 2019 et de ses règles propres de contrat, de préavis et de fin de relation.

Un dirigeant ou un cadre expatrié ne s'installe pas non plus par simple décision : un ressortissant étranger a besoin d'un titre lui permettant de travailler à Maurice, dont l'instruction a sa propre durée. Ce calendrier doit entrer dans le plan de bascule, faute de quoi la société mauricienne existe avant que quiconque ne puisse y travailler.

Quant aux contrats commerciaux, ils ne se transfèrent pas par une mention sur une facture : une cession de contrat suppose, sauf clause contraire, l'accord du cocontractant. Un client qui découvre que son prestataire est devenu une entité étrangère peut renégocier, exiger des garanties, ou refuser.

Quand ne pas

Les cas où le transfert n'est pas la bonne réponse.

Quand la clientèle est française et locale. Une activité de proximité, adossée à un territoire, ne se déplace pas : ce qu'on transfère alors, c'est une facturation, et cela porte un autre nom.

Quand le dirigeant reste en France plus de la moitié de l'année. Sans transfert du domicile, la structure mauricienne ne change pas la fiscalité personnelle et ajoute une exposition. La question à traiter d'abord est celle de la résidence, dans l'ordre que décrit notre page sur le dirigeant de PME française qui s'expatrie à Maurice.

Quand la vraie question est la sortie. Beaucoup de projets de transfert sont des projets de cession qui s'ignorent, et l'arbitrage se pose alors dans les termes de notre page sur la cession avant ou après le départ.

Quand les plus-values latentes sont élevées et l'activité peu mobile. Le coût de sortie immédiat peut dépasser plusieurs années d'économie espérée. Ce calcul se fait avant.

Quand personne ne sera sur place. Une implantation sans dirigeant, sans salarié et sans décision locale n'a pas de substance, et une structure sans substance est un risque, pas un actif.

La méthode

Un inventaire avant toute décision de structure.

Nous instruisons ces dossiers dans un ordre invariable : inventaire de ce qui est réellement transférable, identification de ce qui reste attaché à la France, choix de la voie, valorisation et documentation des actifs transférés, construction de la substance mauricienne, puis sort de la société d'origine. La structure vient en dernier, jamais en premier.

Basalte Consulting est un cabinet franco-mauricien installé à Grand Baie, dont les deux associés pratiquent les deux systèmes. La comptabilité et les déclarations mauriciennes sont tenues en interne ; pour les actes réglementés, nous coordonnons des partenaires agréés, et nous vous invitons à faire valider le volet français par un conseil indépendant en France. Le premier échange et la note écrite qui le suit sont offerts. Cette page informe : elle ne remplace pas l'analyse de votre situation, et aucun résultat fiscal ne peut être promis à l'avance.

Questions fréquentes

Transférer son entreprise à Maurice, vos questions.

Peut-on transférer le siège social d'une société française à l'île Maurice ?

En pratique, non, si l'on entend par là déplacer la société elle-même en lui conservant sa personnalité juridique. L'article L. 225-97 du code de commerce n'autorise le changement de nationalité d'une société par actions que si le pays d'accueil a conclu avec la France une convention spéciale permettant ce transfert sans perte de la personnalité juridique. Aucune convention de ce type ne vise Maurice à notre connaissance au 14 août 2026. Ce qui se transfère, ce sont donc des activités et des actifs, pas la coquille.

Que se passe-t-il fiscalement si le siège part quand même à l'étranger ?

Le 2 de l'article 221 du code général des impôts assimile à une cessation d'entreprise le transfert du siège ou d'un établissement dans un Etat étranger autre qu'un Etat de l'Union européenne ou de l'Espace économique européen lié à la France par une convention d'assistance au recouvrement comparable à la directive 2010/24/UE. Maurice n'entre dans aucune de ces catégories. La cessation entraîne l'imposition immédiate des résultats et des plus-values latentes, et les conséquences d'une distribution pour les associés.

Créer une société à Maurice suffit-il à sortir l'activité de France ?

Non. Une société mauricienne nouvelle ne fait sortir de France que ce qu'elle exerce réellement depuis Maurice, avec ses propres moyens. Si la direction, la négociation des contrats ou l'exécution des prestations restent en France, l'administration française peut caractériser un établissement stable au sens de l'article 5 de la convention de 1980 et imposer les bénéfices qui lui sont imputables. La structure ne crée pas le transfert : les faits le créent.

Faut-il dissoudre la société française ou la mettre en sommeil ?

Les trois voies existent et se choisissent selon ce qui reste en France. La dissolution solde tout mais déclenche l'imposition du boni et les formalités de liquidation. La mise en sommeil suspend l'activité sans supprimer les obligations comptables et déclaratives. Le maintien se justifie quand une clientèle, un bail ou un contrat ne se déplacent pas. Le choix se fait après l'inventaire, pas avant.

Les salariés suivent-ils l'entreprise à Maurice ?

Non, pas automatiquement. Le transfert d'une entité économique autonome joue à l'intérieur d'un même ordre juridique ; un déplacement vers Maurice signifie, pour les contrats français, une rupture à traiter selon le droit du travail français, et pour les nouveaux postes, une embauche sous le Workers' Rights Act mauricien. Un salarié étranger recruté sur place suppose en outre un permis de travail. Ce volet se chiffre et se calendrise avant la décision, pas après.

Premier échange sans engagement

Un inventaire avant de choisir une structure.

Un premier échange, puis une note écrite sur ce qui est réellement transférable, ce qui reste attaché à la France et la voie qui correspond à votre situation. Avant tout engagement.

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