Acheter un bien immobilier à Maurice en tant qu'étranger : ce que la loi autorise vraiment.
A Maurice, un étranger n'achète pas un immeuble comme un Mauricien. Une loi de 1975 pose un principe simple, l'autorisation préalable, et une série d'exceptions qui sont en réalité les seules portes d'entrée du marché. Cette page décrit ce régime tel qu'il figure dans le texte au 16 août 2026 : qui autorise, dans quels délais, ce qui se passe si l'on s'en dispense, et pourquoi le montage « je crée une société mauricienne pour acheter librement » est frappé de nullité par la loi elle-même. Le marché locatif et l'arbitrage entre louer et acheter sont traités dans notre guide se loger à l'île Maurice : ici, on parle uniquement du droit de l'acquisition.
Une autorisation préalable, et des exceptions qui font le marché.
Le texte de référence tient en quelques pages : le Non-Citizens (Property Restriction) Act, loi 22 de 1975, entrée en vigueur le 12 juillet 1975 et refondue une trentaine de fois depuis, la dernière modification en vigueur datant du 9 août 2025. Sa section 3 pose une règle sans nuance : un non-citoyen qui souhaite détenir, céder, acheter ou acquérir de toute autre manière un bien immobilier mauricien doit adresser une demande écrite au ministre.
Cette demande n'est pas un formulaire de convenance. Elle doit préciser la localisation exacte du bien, être accompagnée d'un plan de situation en montrant l'étendue, indiquer la nature du droit que l'on entend détenir ou céder, et exposer la raison pour laquelle la demande est faite. Le ministre peut alors délivrer un certificat d'autorisation, assorti des conditions qu'il détermine. Il n'y est pas tenu.
Puis vient la section 3(3), et c'est elle qu'il faut lire. Elle dresse la liste des cas où aucun certificat n'est requis. Cette liste n'est pas une souplesse administrative : c'est le marché immobilier ouvert aux étrangers à Maurice. Tout ce qui n'y figure pas suppose une demande individuelle, avec le délai et l'aléa qui vont avec. Les pages commerciales présentent ces exceptions comme un catalogue de produits ; la loi les présente comme des dérogations, ce qui change la façon de les lire.
Une précision de vocabulaire, parce qu'elle décide de tout : la loi définit « acquérir », « détenir » et « acheter » comme incluant le fait, pour un non-citoyen, d'obtenir une participation, un intérêt ou l'usage continu d'un bien de toute entité, constituée ou non en société. Et elle définit « céder » comme incluant la constitution d'une sûreté sur le bien. Consentir une hypothèque sur son immeuble mauricien est donc, au sens du texte, une cession.
Les portes réellement ouvertes à un non-citoyen.
Voici les cas dispensés de certificat, tels qu'ils figurent aujourd'hui à la section 3(3) et à la section 3(1) pour le régime général.
| Voie d'acquisition | Base légale | Ce qu'elle suppose |
|---|---|---|
| Bien résidentiel dans un programme agréé : IRS, RES, PDS, Smart City, Invest Hotel | Section 3(3)(c)(iii) | Achat auprès d'une société titulaire du certificat du régime, sans certificat du ministre |
| Appartement en immeuble d'au moins deux étages sur rez-de-chaussée | Section 3(3)(c)(v) | Prix d'achat au moins égal à 6 millions de roupies, autorisation de l'Economic Development Board délivrée après accord du ministre |
| Terrain viabilisé dans un projet PDS ou smart city | Section 3(3)(c)(vi) | Vente par la société titulaire du certificat, aux conditions propres au règlement du régime |
| Bien résidentiel auprès d'une société IRS ou RES | Section 3(3)(c)(vii) | Voie maintenue malgré l'abrogation des dispositions historiques IRS et RES |
| Immeuble, droit immobilier ou partie de bâtiment à usage professionnel | Section 3(3)(c)(iv) | Autorisation de l'Economic Development Board délivrée après accord du ministre |
| Bien résidentiel hors régime, réservé à un résident sous permis | Section 3(3)(d) | Résident au sens de l'Immigration Act 2022, un seul bien, prix au moins égal à 500 000 USD, rapport d'évaluation d'un géomètre agréé |
| Titres cotés, fonds et véhicules collectifs | Section 3(3)(c)(i) et (ii) | Actions admises à la cote ou parts d'un unit trust, sans formalité |
| Tout autre cas | Section 3(1) et (2) | Demande écrite au ministre et certificat d'autorisation |
Deux lignes méritent qu'on s'y arrête. La sixième, d'abord : depuis 2022, un non-citoyen déjà résident au sens de l'Immigration Act 2022 peut acquérir un bien résidentiel hors de tout programme agréé, sur le marché ordinaire, à condition que le prix atteigne le seuil et que le dossier comporte une évaluation en valeur vénale. Cette porte, presque absente du contenu francophone en ligne, est fermée à celui qui tient son statut de résident de sa qualité de conjoint, d'enfant, de parent ou de personne à charge d'un titulaire de permis. Elle exclut par ailleurs les biens situés sur le domaine de l'Etat et les Pas Géométriques, ainsi que les terrains nus ou viabilisés et les maisons isolées implantées sur plus de 0,5276 hectare, soit 1,25 arpent.
La location, ensuite, n'entre pas dans ce régime. Le bail d'habitation n'excédant pas quatre ans est expressément dispensé, tout comme le bail industriel ou commercial non renouvelable d'une durée n'excédant pas trente ans, seuil porté de vingt à trente ans en juillet 2024. C'est une des raisons pour lesquelles la séquence « louer d'abord, acheter ensuite » décrite dans notre guide se loger à l'île Maurice ne pose aucune difficulté juridique.
Le circuit, les pièces et le délai réel.
Le « ministre » de la loi est celui à qui est confié le portefeuille des affaires intérieures. En pratique, les demandes sont déposées au bureau du Premier ministre, à Port-Louis, qui publie le délai qu'il s'applique : trois mois à compter de la réception d'un dossier complet, sans somme à acquitter au dépôt. Trois mois qui ne courent qu'une fois toutes les pièces réunies, ce qui déplace la vraie question sur la constitution du dossier.
Les pièces varient selon l'objet de la demande. Pour l'achat d'un immeuble : un plan de situation dressé par un géomètre assermenté, un rapport d'évaluation, et la justification de l'origine des fonds. Pour un bail long : le plan, l'évaluation, et les documents de la société preneuse le cas échéant. Pour une acquisition de parts, la liste s'allonge nettement : certificat d'incorporation, structure du capital, registre des actionnaires et bénéficiaires ultimes, statuts, relevés bancaires, certificats de moralité des personnes majeures et rapport d'évaluation. C'est la même logique de transparence que celle du registre des bénéficiaires effectifs, appliquée à l'immobilier.
Deux voies échappent au bureau du Premier ministre pour l'instruction : l'acquisition à usage professionnel et l'appartement en immeuble d'au moins deux étages passent par l'Economic Development Board, qui délivre l'autorisation après avoir obtenu l'accord du ministre. L'agence n'a donc pas un pouvoir autonome : elle instruit et signe, l'accord politique reste en amont.
Deux mécanismes moins connus complètent le circuit. Depuis 2019, le ministre peut approuver après coup une acquisition faite sans demande préalable, s'il est convaincu des qualités du demandeur et que l'omission résulte d'une erreur ou d'un oubli ; le document constatant cette approbation doit alors être déposé auprès du Conservateur des hypothèques pour transcription. Et depuis août 2021, l'Economic Development Board tient un Non-Citizens Property Restriction Register, qui recense les acquisitions, les cessions et les sûretés prises par des non-citoyens. Autrement dit, le sujet est désormais fiché, pas seulement autorisé.
La « property », ce sont aussi les parts de société.
C'est le point le plus important de cette page, et le plus systématiquement ignoré des présentations commerciales.
La loi définit la property comme l'immeuble mauricien, en pleine propriété ou en bail, et comme incluant tout droit ou intérêt sur cet immeuble, légal ou bénéficiaire, ou toute action. Puis elle définit l'action, et c'est là que le filet se referme. L'action, au sens du texte, désigne un intérêt, quel que soit son nom, dans une société, un partnership, une société civile ou tout autre organisme qui détient, cède, achète ou acquiert un immeuble mauricien. Elle inclut ensuite, expressément, l'action d'une société qui compte parmi ses actifs un immeuble mauricien, l'action d'une société détenant des parts dans une filiale qui elle-même compte un tel immeuble parmi ses actifs, et enfin toute action dans une société détenant des parts dans une filiale successive, ou dans une société civile ou un organisme successif, qui compte lui-même un immeuble mauricien à son actif.
Le mot « successive » n'est pas décoratif. Il signifie que l'empilement de structures n'efface pas la qualification : trois étages de sociétés au-dessus d'un immeuble mauricien ne produisent pas une action ordinaire, ils produisent une « property » au sens de la loi de 1975.
Le second verrou est la définition du non-citoyen. Est un non-citoyen, notamment, une association ou un groupement, doté ou non de la personnalité morale, qui n'est pas domicilié à Maurice, ou qui, n'étant pas coté, compte un seul actionnaire qui n'est pas citoyen mauricien. Un actionnaire étranger sur cinq suffit. Sont visés aussi le trust engagé dans une opération relevant de la section 22 du Trusts Act et la fondation dont un fondateur, un bénéficiaire effectif ou un bénéficiaire n'est pas mauricien.
La conséquence pratique est brutale : le montage « je constitue une société mauricienne, elle achète l'immeuble, j'achète ensuite ses parts » n'est pas une optimisation, c'est l'opération même que la loi soumet à autorisation. Sans certificat, l'accord de cession des parts est nul. C'est exactement le verrou que détaillent nos pages sur la société civile à l'île Maurice et sur la société immobilière à Maurice, et c'est pour lui que ces structures doivent être validées avant la promesse de vente.
Un dernier étage, ajouté en août 2022 : la loi crée la notion d'entité qualifiée, l'entité qui détient un bien et dans laquelle un non-citoyen détient ou contrôle, directement ou indirectement, l'ensemble des intérêts sur ce bien. Aucune entité qualifiée ne peut être liquidée sans l'autorisation expresse du ministre. La sortie de structure est donc encadrée au même titre que l'entrée.
Nullité, Curateur et vente forcée.
La section 5 est courte et sans gradation.
| Ce qui est en jeu | Ce que dit le texte |
|---|---|
| L'accord conclu en violation de la section 3 ou d'une condition du certificat | Il est nul, section 5(1) |
| Le bien acquis, détenu, cédé ou transféré en violation | Le Curateur en prend possession sans délai et le fait vendre selon le Sale of Immovable Property Act, section 5(2) |
| L'acquéreur à cette vente forcée | Il obtient un titre valable, à condition de ne pas être lui-même non-citoyen, section 5(3) |
| Le produit de la vente | Versé, après déduction de toutes les charges, à la personne qui apparaît y avoir vocation, section 5(4) |
| La personne | Infraction pénale, amende plafonnée à 10 000 roupies et emprisonnement d'un an au maximum, section 5(5) |
La peine pénale est symbolique ; la sanction civile ne l'est pas. Le Curateur des successions vacantes, autorité mauricienne chargée des biens sans maître, prend possession et vend : l'acquéreur étranger ne perd pas seulement le bénéfice de son opération, il perd la maîtrise du calendrier et du prix de sortie, et il ne récupère qu'un solde, après charges, d'une vente qu'il n'a pas conduite. Aucun montage ne résiste à cette mécanique, parce qu'elle ne s'attaque pas à l'intention mais à l'accord lui-même, frappé de nullité. Maurice n'est pas seule à filtrer l'accès de sa terre : aux Seychelles, l'acquisition par un étranger reste soumise à l'autorisation discrétionnaire d'un ministre, comparaison menée dans notre page Maurice ou les Seychelles pour s'installer.
La régularisation existe, mais elle se mérite : le ministre peut approuver après coup, s'il est satisfait des qualités du demandeur et convaincu que l'absence de demande préalable tenait à une erreur ou à un oubli. Une stratégie assumée de contournement n'entre dans aucune de ces deux cases.
Le conjoint mauricien, l'héritage et la revente.
Trois situations familiales sont dispensées de certificat, et leurs contours sont plus étroits qu'on ne le lit.
Le conjoint d'un citoyen. La dispense vise le non-citoyen qui détient, cède, achète ou acquiert un bien alors qu'il est l'époux d'un citoyen, marié selon le régime légal de communauté. La précision est décisive : c'est le régime matrimonial qui ouvre la dispense, pas le mariage. Un couple marié sous séparation de biens n'en bénéficie pas, et l'époux étranger qui achète en son nom propre relève alors du régime général. Le contrat de mariage se relit avant la promesse.
L'héritage. L'acquisition par succession est dispensée, tout comme l'acquisition par l'effet du mariage. Un héritier étranger reçoit donc un immeuble mauricien sans certificat. Mais la dispense porte sur l'acquisition : la revente ultérieure par cet héritier non-citoyen est une cession au sens de la loi, et le texte ne la dispense pas expressément. C'est une question à poser au notaire et, le cas échéant, au bureau du Premier ministre avant de mettre le bien sur le marché, pas après avoir signé une promesse. Le volet fiscal de la transmission, lui, se traite avec notre page succession à l'île Maurice et, côté français, avec le guide succession et héritier non résident.
La revente en général. Depuis 2021, la loi vise expressément la cession, et pas seulement l'acquisition. Un non-citoyen qui vend son immeuble mauricien, ou les parts d'une société qui le détient, se trouve dans le champ de la section 3 : hors des cas dispensés, il lui faut un certificat pour vendre, exactement comme pour acheter. Dans les programmes agréés, cette contrainte est doublée d'une obligation propre au régime : informer par écrit le directeur général de l'Economic Development Board au moins trente jours avant la vente, et ne céder qu'à une catégorie fermée d'acquéreurs.
Les taxes de mutation, après un aller-retour législatif.
Le poste fiscal de l'acquisition a connu deux mouvements contraires en un an, et la plupart des pages en ligne se sont arrêtées au premier.
La loi de finances de 2025, en vigueur le 9 août 2025, avait créé pour les non-citoyens un régime dédié applicable aux actes enregistrés à compter du 1er juillet 2026 : un droit d'enregistrement à 10 pour cent pour l'acquéreur, et une taxe de transfert à 10 pour cent lorsque le vendeur était lui aussi non-citoyen, sur les biens des régimes agréés et sur les appartements en immeuble d'au moins deux étages.
La loi de finances de 2026, promulguée le 12 août 2026, a défait les deux. Elle abroge la disposition qui portait le droit d'enregistrement majoré ainsi que le barème correspondant, et elle abroge la disposition qui portait la taxe de transfert majorée. Le taux de droit commun, 5 pour cent pour l'acquéreur comme pour le vendeur, redevient donc la référence ; le détail de ces droits d'enregistrement et de l'achat immobilier à Maurice fait l'objet d'une page à part. Ces abrogations n'ont pas d'effet rétroactif : les actes enregistrés entre le 1er juillet 2026 et l'entrée en vigueur de la loi nouvelle relèvent d'une fenêtre à part, et le taux se vérifie acte en main, pas sur une plaquette.
La même loi crée en revanche une taxe additionnelle de 10 pour cent, à la charge du vendeur, sur la mutation à un non-citoyen d'un bien résidentiel situé sur le domaine de l'Etat ou sur les Pas Géométriques par la voie de l'appartement en immeuble d'au moins deux étages. Elle ne s'applique pas lorsqu'un contrat de réservation préliminaire ou une promesse de vente a été signé devant notaire avant le 19 juin 2026. Pour la fiscalité des loyers et de la revente vue de France, voyez notre guide sur les revenus immobiliers dans la convention France-Maurice ; côté mauricien, l'imposition des loyers obéit à ses propres règles de retenue et de déduction, et la détention d'un bien peut appeler une taxe foncière si le bien se situe dans une ville.
Un acquéreur qui achète pour louer plutôt que pour habiter ne pose pas les mêmes questions : notre page sur l'investisseur immobilier français à Maurice reprend le sujet du point de vue du rendement, de la structure de détention et de la déclaration en France.
Les sept vérifications qui évitent la nullité.
Ces questions ne s'adressent pas au vendeur, mais au dossier.
- Sous quelle base légale exacte l'acquisition est-elle dispensée de certificat ? Nommer l'alinéa, pas le produit.
- Le certificat du programme est-il en cours de validité, et le vendeur en est-il bien le titulaire ?
- Qui figure à l'acte : une personne physique, une société, une société civile, un trust, une fondation ? Chacun a sa propre qualification au regard de la loi de 1975.
- Y a-t-il un étage de structure au-dessus de l'acquéreur ? S'il existe, la définition des filiales successives s'applique, et l'autorisation redevient nécessaire.
- Le financement suppose-t-il une sûreté sur le bien ? La constitution d'une sûreté est une cession au sens du texte.
- Le prix atteint-il le seuil du régime visé, converti au bon cours et à la bonne date ?
- Quelle est la sortie : à qui pourrez-vous revendre, sous quel préavis, et avec quelle formalité au titre de la loi de 1975 ?
Cette septième question est celle qui fait souvent reconsidérer le calendrier. Acheter dès l'arrivée revient à trancher la sortie avant d'avoir connu la région, et c'est la raison pour laquelle notre page louer ou acheter en arrivant à Maurice recommande l'ordre inverse.
Une huitième question porte sur celui qui vous accompagne. Le métier d'agent immobilier mauricien a longtemps été le moins encadré du pays : une loi de 2020 lui a donné une autorité de tutelle, un agrément et un régime de garantie sur les fonds détenus pour le compte des clients, mais son entrée en vigueur s'est faite par morceaux sur près de six ans. Vérifier sous quel régime opère réellement votre interlocuteur, et comment il conserve les sommes qu'il détient pour vous, n'a rien d'accessoire ; notre page sur la façon de reprendre une agence immobilière à Maurice fait le point sur l'état vérifié du régime.
Le point commun de ces sept questions, c'est qu'elles se posent toutes avant la promesse de vente. Après l'acte, il ne reste que la régularisation discrétionnaire, et le Curateur. Notre cabinet n'intervient ni sur le choix du programme ni sur la valeur du bien : il intervient sur le régime applicable, la structure de détention, le titre de séjour qui en découle et la fiscalité des deux côtés. C'est l'objet du premier échange, offert, et de la note écrite qui le suit. Pour situer cette acquisition dans un projet d'installation complet, notre page s'installer à l'île Maurice donne l'ordre des démarches, et notre guide du coût de la vie le budget qui va avec.
L'achat par un étranger, vos questions.
Un étranger peut-il acheter n'importe quel bien à Maurice ?
Non. Le Non-Citizens (Property Restriction) Act de 1975 interdit à un non-citoyen de détenir, céder, acheter ou acquérir un immeuble mauricien sans autorisation écrite du ministre. La loi prévoit ensuite une liste fermée de cas dispensés de cette autorisation, et ce sont eux qui constituent le marché ouvert aux étrangers : les programmes agréés, l'appartement en immeuble d'au moins deux étages sur rez-de-chaussée, l'acquisition à usage professionnel, et le bien hors régime réservé aux titulaires d'un permis. Hors de ces cas, il faut un certificat, demandé au coup par coup.
Puis-je acheter à Maurice via une société mauricienne pour éviter les restrictions ?
Non, et c'est le contresens le plus fréquent. La loi définit la « property » comme incluant toute part ou action d'une société, d'une société civile ou de tout autre organisme qui compte parmi ses actifs un immeuble mauricien, y compris lorsque cet immeuble est détenu par une filiale, puis par une filiale de cette filiale. Elle qualifie par ailleurs de non-citoyen toute société dont un seul actionnaire n'est pas mauricien. Acheter les parts revient donc à acheter l'immeuble, avec la même exigence d'autorisation et la même nullité en cas de manquement.
Qui délivre l'autorisation et en combien de temps ?
Les demandes relèvent du bureau du Premier ministre, qui indique un délai de traitement de trois mois à compter du dossier complet et ne réclame pas de somme au dépôt. Deux cas suivent un autre circuit : l'acquisition à usage professionnel et l'appartement en immeuble d'au moins deux étages passent par l'Economic Development Board, qui délivre l'autorisation après avoir obtenu l'accord du ministre. Les pièces attendues sont un plan de situation dressé par un géomètre assermenté, un rapport d'évaluation et la justification de l'origine des fonds.
Que risque-t-on à acheter sans l'autorisation requise ?
L'accord conclu en violation de la loi est nul de plein droit. Le Curateur des successions vacantes prend alors possession du bien et le fait vendre selon la procédure de vente forcée ; l'acquéreur à cette vente, s'il n'est pas lui-même non-citoyen, obtient un titre valable. Le produit revient au non-citoyen après déduction de toutes les charges, ce qui signifie qu'on ne récupère ni le prix payé ni le calendrier. S'y ajoute une infraction pénale. Une régularisation postérieure existe, mais elle est discrétionnaire et suppose une simple erreur.
Mon conjoint est mauricien : suis-je dispensé d'autorisation ?
Seulement sous condition de régime matrimonial. Le texte dispense le non-citoyen qui détient ou acquiert un bien en qualité d'époux d'un citoyen marié sous le régime légal de communauté, ainsi que l'acquisition par héritage ou par l'effet du mariage. Un couple marié sous séparation de biens ne relève pas de cette dispense : l'époux étranger qui achète en son nom propre reste soumis au régime général. Le régime matrimonial se vérifie avant la promesse, pas devant le notaire le jour de l'acte.
Ai-je besoin d'une autorisation pour louer un logement à Maurice ?
Non pour une location classique. La loi dispense expressément le bail d'habitation d'une durée n'excédant pas quatre ans, ce qui couvre la quasi-totalité des locations longue durée du marché. Elle dispense également le bail à usage industriel ou commercial non renouvelable d'une durée n'excédant pas trente ans, seuil relevé en 2024 depuis vingt ans. Au-delà de ces durées, le bail devient un droit sur un immeuble soumis au régime d'autorisation, ce qui se vérifie avant de signer un bail long.
L'achat me donne-t-il automatiquement un permis de résidence ?
Non. Le seuil d'achat et le seuil du permis sont deux chiffres différents. Un appartement acquis à 6 millions de roupies est une acquisition régulière qui n'ouvre aucun titre de séjour. Le permis de résidence suppose une acquisition d'au moins 375 000 USD dans un régime agréé ou dans un immeuble d'au moins deux étages, et il se demande : il n'est pas attaché à l'acte. Un terrain viabilisé n'ouvre aucun permis tant que la maison n'y est pas construite.
La suite, naturellement.
Le Property Development Scheme
Le régime de référence des programmes neufs, du promoteur à la revente.
Découvrir →Le Smart City Scheme
Les villes intégrées : régime du promoteur, régime de l'acquéreur, ce qu'il faut vérifier.
Découvrir →La résidence par investissement immobilier
Le permis obtenu par l'achat : seuil, durée, famille et revente.
Découvrir →Un achat qui se valide avant la promesse de vente.
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