Où s'installer avec un patrimoine financier : ce qui départage vraiment
Trois questions décident, et aucune n'est le taux d'imposition affiché. Y a-t-il une horloge sur le régime, l'avantage suppose-t-il de ne pas rapatrier, et que fait le pays que vous quittez selon la destination choisie.
Quatorze destinations, une ligne chacune.
Voici ce qui distingue réellement les destinations que l'on nous cite, réduit à ce qui décide. Chaque ligne renvoie au guide qui l'établit.
| Destination | Horloge | Le point qui décide |
|---|---|---|
| Maurice | aucune | plus-values sur titres hors du revenu imposable, mais règle de rapatriement sur les revenus étrangers |
| Chypre | 17 ans, prolongeable à prix fixé | pas de condition de rapatriement, et une dix-huitième année qui a un prix |
| Grèce | 15 ans non renouvelable | un forfait, doublé d'un investissement obligatoire sur place |
| Malte | aucune sur le statut | impôt minimum de 5 000 euros, et l'avantage suppose de ne pas rapatrier |
| Italie | 15 ans non renouvelable | un forfait passé de 100 000 à 300 000 euros en dix-huit mois |
| Royaume-Uni | 4 ans | un rattachement successoral qui survit au départ |
| Espagne | 6 ans | un régime réservé à qui vient y travailler, fermé au rentier |
| Singapour | aucune | les revenus étrangers exonérés même rapatriés, mais un coût de la vie élevé |
| Irlande | aucune | sans terme ni charge, à condition de rester rattaché à son pays d'origine |
| Portugal | fermé aux nouveaux entrants | le droit commun impose les plus-values sur titres à 28 % |
| Dubaï | aucune | pas d'impôt sur le revenu, mais un cadre civil à préparer |
| Monaco | sans objet | un Français y reste imposable en France |
| Andorre | aucune | droit commun plafonné à 10 %, mais un million d'euros à immobiliser |
| Suisse | aucune sur le forfait | pas de convention, un impôt sur la fortune, et une assiette plancher |
Y a-t-il une horloge ?
C'est le critère que nous avons vu décider le plus grand nombre de dossiers, et il est presque toujours relégué en fin de brochure.
Quatre des destinations comparées reposent sur un régime à durée déterminée. Quatre ans au Royaume-Uni, dix ans pour le régime portugais désormais fermé, quinze ans en Italie, dix-sept ans à Chypre.
Une échéance connue est un avantage, puisqu'elle se prépare. Mais elle impose de concevoir la sortie le jour de l'entrée, ce que très peu de dossiers font.
Et l'arithmétique de la vie est têtue. Une personne de cinquante ans qui entre dans un régime de quinze ans devra le refaire à soixante-cinq, au moment où un déménagement est le plus lourd. Un régime de quatre ans pose la question presque immédiatement.
Les destinations sans horloge sont donc à part, et la comparaison ne se fait pas sur les mêmes bases selon que votre horizon est de dix ans ou de trente.
L'avantage suppose-t-il de ne pas rapatrier ?
C'est le critère le plus concret pour une personne qui vit de son patrimoine, et le plus souvent absent des tableaux.
Un régime de rapatriement ne produit son effet que si l'argent reste dehors. Or les dépenses se font là où l'on vit.
Maurice applique une règle de rapatriement aux revenus de source étrangère, exposée dans notre guide de la remittance basis, mais le produit de la cession de titres n'y est pas soumis puisqu'il est placé hors du revenu imposable par l'item 7.
Malte impose la même discipline, avec une exception propre aux plus-values étrangères, comme l'expose notre guide Maurice ou Malte.
Chypre n'impose pas cette contrainte sur les dividendes et intérêts, et c'est son avantage le plus net, exposé dans notre guide Maurice ou Chypre.
Singapour la supprime entièrement, en exonérant les revenus de source étrangère perçus sur place, même rapatriés : notre guide Maurice ou Singapour en tire la conclusion, qui joue contre nous. L'Irlande la conserve mais sans terme ni charge annuelle, au prix d'une condition de domicile qu'expose notre guide Maurice ou l'Irlande.
La réponse dépend donc de la composition de vos revenus, et non d'un classement général : cessions d'un côté, dividendes et intérêts de l'autre, comme l'expose notre guide sur vivre de son portefeuille.
Que fait le pays que vous quittez ?
C'est le point que les comparatifs de destinations oublient systématiquement, parce qu'il ne concerne pas la destination.
Le mécanisme de sortie dépend du pays de départ, et parfois de la destination choisie. Le sursis belge est automatique vers un Etat de l'Union ou de l'Espace économique européen, et suppose sinon une convention prévoyant l'échange de renseignements et l'assistance au recouvrement, que la convention belge avec Maurice ne prévoit pas. Notre guide de l'imposition belge de sortie expose la vérification.
Le sursis de plein droit français de l'article 167 bis obéit à trois conditions cumulatives pour une destination hors Espace économique européen, exposées dans notre guide de l'exit tax française.
Il en résulte que Chypre, Malte, l'Italie et le Portugal partagent un avantage que Maurice, Dubaï et la Suisse n'ont pas : l'appartenance à l'Union simplifie le départ depuis certains pays.
Ce point peut à lui seul renverser un classement fiscal, et il se vérifie avant tout le reste. Notre comparatif des quatre départs vers Maurice met les pays de départ sur six lignes.
Le filtre qui précède tous les autres.
Avant de comparer des taux, il faut vérifier qu'un régime vous est ouvert, et deux d'entre eux ne le sont pas à un lecteur qui vit de son capital.
Le régime espagnol des impatriés suppose un contrat de travail espagnol, ou un mandat dans une société espagnole non liée, et le déplacement doit avoir eu ce travail pour cause. Notre guide sur le régime espagnol expose pourquoi il s'agit d'un mur et non d'un arbitrage.
Monaco ferme la porte autrement, par une clause de nationalité qui vise les Français, exposée par notre guide Maurice ou Monaco.
Le forfait suisse ferme la porte dans l'autre sens : il est réservé aux ressortissants étrangers qui n'exercent aucune activité lucrative en Suisse, là où l'Espagne en exige une. Notre guide sur le forfait fiscal suisse expose aussi la confusion qui fausse la plupart des comparatifs, entre une assiette et un impôt.
Un prix se calcule, une durée se planifie, une condition d'accès ne se négocie pas. C'est pourquoi elle se vérifie en premier.
Une condition que le prix ne dit pas.
Un régime peut coûter davantage que son montant affiché, et la Grèce en donne l'exemple le plus net.
Le régime grec impose un investissement d'au moins 500 000 euros sur place, en plus du forfait annuel de 100 000 euros et de la durée de quinze ans.
Un forfait est une dépense, un investissement obligatoire est une immobilisation. Le capital reste le vôtre, engagé dans un pays et une classe d'actifs donnés, avec sa liquidité propre et sa sortie propre.
Notre guide sur le régime grec expose le calcul de bascule, qui tient à trois nombres seulement.
L'Andorre relève de la même catégorie, avec une révision récente : son ticket est passé de 600 000 euros à un million en février 2026, et le dépôt qui l'accompagne est devenu non remboursable. Notre guide sur la résidence passive andorrane montre qu'un ticket d'entrée se révise exactement comme un prix.
Monaco, pour un Français.
Un cas mérite d'être isolé, parce qu'il ne relève pas d'un arbitrage mais d'un obstacle.
L'article 7 de la convention franco-monégasque du 18 mai 1963 traite les nationaux français ayant transféré leur domicile ou leur résidence à Monaco comme des résidents fiscaux de France, imposés sur leurs revenus mondiaux.
Deux exceptions étroites existent, exposées dans notre guide Maurice ou Monaco.
Pour tout autre Français, il n'y a donc pas de comparaison à conduire. Et la leçon dépasse Monaco : une convention peut rattacher par la nationalité, ce qui rend inopérant tout raisonnement fondé sur le lieu de vie.
Un régime dérogatoire se révise.
Ce n'est pas un argument que nous avançons, c'est une série de faits datés.
Le Portugal a fermé son régime aux nouveaux entrants.
L'Italie a porté son forfait de 100 000 à 200 000 euros en août 2024, puis à 300 000 au 1er janvier 2026, et doublé le montant applicable aux membres de la famille.
Le Royaume-Uni a supprimé le sien le 6 avril 2025, après plus de deux siècles.
Chypre a mis un prix sur la prolongation du sien avec la réforme de 2026, deux blocs de cinq ans à 250 000 euros chacun, tout en abaissant le seuil de sa réserve immobilière.
Quatre pays, quatre révisions en quelques années, toutes dans le même sens. Un régime réservé à une population d'arrivants est un objet de politique fiscale, et sa révision est la règle plus que l'exception.
Nous n'en tirons aucune promesse de stabilité pour Maurice, et nous datons ce que nous écrivons. Le seul constat que nous formulons est que l'exposition n'est pas de même nature lorsqu'une règle relève de l'architecture d'un impôt qui concerne tous les contribuables.
Trois postes qui suivent la personne.
Un tableau de destinations donne une fausse impression de complétude. Voici ce qu'il laisse dehors, et qui pèse souvent davantage.
Les retenues étrangères sur un portefeuille international, prélevées par les pays d'origine des titres quel que soit votre lieu de résidence, selon le mécanisme qu'expose notre guide de la retenue à la source.
Le coût de la gestion, prélevé chaque année sur l'ensemble du portefeuille, dont notre guide sur ce que coûte de confier un portefeuille nomme les sept postes.
Et le change, entre la devise de votre patrimoine et celle de vos dépenses.
Aucun des trois n'est fiscal, et les trois réduisent ce dont vous disposez réellement. Sur beaucoup de dossiers, leur somme dépasse l'écart entre deux destinations.
La colonne mauricienne, et l'honnêteté du reste.
Une dernière page renverse la question que ce tableau suppose résolue : faut-il partir. Notre guide sur partir ou rester chiffre les six postes qu'un départ coûte et donne les cinq situations où l'écart ne les compense pas.
Nous traitons la partie mauricienne des dossiers et la coordination avec vos praticiens : résidence et permis, structure lorsqu'elle se justifie, comptabilité, déclarations, transmission côté mauricien.
Nous ne conseillons sur le droit d'aucune autre destination de ce tableau, et chacune de nos pages le dit à son endroit. Nous décrivons des cadres à partir de sources datées, nous ne les pratiquons pas.
Nous ne donnons aucun conseil en investissement et ne percevons aucune rétrocession, comme l'expose notre guide sur le fait de garder son gestionnaire.
Et chacune de nos comparaisons contient un endroit où nous concédons. Dubaï gagne sur l'impôt, Chypre sur le rapatriement, l'Union sur les mécanismes de sortie, le Luxembourg n'a presque rien à gagner à venir. Un comparatif qui conclut toujours dans le même sens n'est pas un comparatif.
Les questions du comparatif général
Quel est le premier critère à regarder ?
L'existence d'une horloge. Quatre des destinations comparées reposent sur un régime à durée déterminée : quatre ans au Royaume-Uni, dix ans pour le régime portugais désormais fermé, quinze ans en Italie, dix-sept ans à Chypre. Une échéance connue se prépare, mais elle impose de concevoir la sortie le jour de l'entrée.
Pourquoi la condition de rapatriement compte-t-elle autant ?
Parce qu'un régime de rapatriement ne produit son effet que si l'argent reste dehors, alors que les dépenses se font là où l'on vit. A Maurice, le produit de la cession de titres échappe à cette contrainte puisqu'il est hors du revenu imposable ; les dividendes et intérêts étrangers, eux, y sont soumis. Chypre n'impose pas cette contrainte sur ces deux catégories.
Le pays de départ influe-t-il sur le choix de la destination ?
Oui, et ce point est systématiquement oublié. Le sursis belge de sortie est automatique vers un Etat de l'Union ou de l'Espace économique européen, et suppose sinon une convention prévoyant l'assistance au recouvrement. Le sursis de plein droit français obéit à trois conditions cumulatives hors Espace économique européen. Cela peut renverser un classement fiscal.
Y a-t-il une destination à écarter d'emblée ?
Monaco, pour un national français. L'article 7 de la convention du 18 mai 1963 le traite comme un résident fiscal de France imposé sur ses revenus mondiaux, sauf deux exceptions étroites. Ce n'est pas un arbitrage, c'est un obstacle.
Qu'est-ce qu'un tableau de destinations laisse dehors ?
Trois postes qui suivent la personne quelle que soit sa destination : les retenues étrangères prélevées par les pays d'origine des titres, le coût annuel de la gestion, et le change. Aucun n'est fiscal, et sur beaucoup de dossiers leur somme dépasse l'écart entre deux destinations.
La suite, naturellement.
Poser les trois questions avant de comparer des taux
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